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Onze heures trente cinq. C’est l’heure qu’indiquait le réveil lorsque j’ouvris enfin les yeux pour attraper mes lunettes. Aïe ! Aïe ! Aïe ! Mais c’est que je suis grave en retard ce matin moi ! Oh la la, pas bon, pas bon du tout !!
Je redoutais un peu cette fâcheuse et plus que probable éventualité. Le chômage m’avait fait adopter une hygiène de vie pas très conventionnelle. Et même si l’horaire laissait à penser que je pouvais tenir sur la longueur de trois journée consécutives, c’était sans compter les anodins et superficiels conflits mondiaux nocturnes qui m’occupaient sur l’ordinateur. Ils ne m’avaient pourtant pas amené sous la couette trop tardivement. Juste le temps de régler quelques petits litiges de frontières avec les Russes et les Chinois et j’avais sauvegardé la partie vers deux heures du matin. Une heure encore relativement décente lorsque l’on commençait seulement à onze heures.
Vers neuf heures j’avais ouvert les yeux pour constater qu’il me restait encore une heure avant que le réveil ne sonne. Il ne fallait pas me le dire deux fois ! le piège ! Et quel piège ? Celui de l’endormissement à rallonge ! Et ça n’avait pas manqué de se produire !
Au chômage je conservais quand même ce vestige d’un temps ancien où je devais éteindre le radio réveil. Juste pour le plaisir de rester au plumard après. Pour le travailleur c’était le plaisir du week end. Pour moi il s’agissait d’une habitude. C’était elle, inchangée par seulement une journée de travail, qui me plaçait maintenant dans l’embarras.
A dix heures lorsque le réveil sonna, ma main, presque automatiquement, avec la vitesse et la précision de la langue d’un caméléon, atteignit le bouton pour couper la diffusion de la musique.
S’ajoutait à cet incident, l’absence de la présence subtile, bienveillante et surmoïque de ma mère qui faisait baigner la maison dans le calme et la sérénité. Livré à moi-même, seuls les rayons du soleil vinrent me chuchoter aux paupières que le jour était levé depuis des lustres, que je dormais plus qu’un chat pour pouvoir être ponctuel au travail. Le temps que l’information passe jusqu’aux pupilles pour qu’elles fassent circuler l’information jusqu’aux oreilles…
Bien entendu, on pouvait trouver d’autres explications. On pouvait interpréter ce phénomène comme étant un acte manqué. Fallait pas être devin pour se rendre compte que le travail que j’avais effectué la veille ne me correspondait en aucun point. La station debout ne me convenait pas. Une forte propension à l’accident de travail existait lorsque je sortais du frigo et croisais à l’aveuglette du personnel manoeuvrant avec des engins. Faire la toupie. Tournoyer sans logique exceptée celle commerciale. J’avais l’impression d’avoir subtilisé le travail d’un autre, comme un bernard-l’hermite qui squattait une coquille, une sensation singulière, teintée de culpabilité et de scrupules. Mes capacités intellectuelles réclamaient un repas substantiel et non quelques miettes de connaissances fondamentalement inopérantes.
Onze heures trente-cinq ! Je me tâtai deux secondes, le temps que ma conscience professionnelle m’assène un coup de catapulte dans l’aire de la motricité de mes lobes frontaux. Elle avait pris la décision à ma place. Je décanillai du pieu dare-dare pour consulter les messages sur le répondeur. Il n’était pas activé. Les gens de Trobon ou l’agence intérim avaient peut-être cherché à me contacter ? Comme je n’avais pas de portable, la seule solution était de me joindre sur la ligne fixe. De ma chambre je n’entendais pas la sonnerie du téléphone. En admettant qu’ils aient essayé de me joindre, ils devaient certainement s’imaginer que j’avais peut-être eu un pépin ? C’était un bon point pour moi. Je pourrais prétexter un départ matinal pour régler quelques bricoles qui m’avaient demandé plus de temps que prévu. Voilà l’alibi que je leur présenterais. Et puis, après tout, y’avait pas mort d’homme ! Fallait pas exagérer. Il ne s’agissait que de glaces !
Allez, allez, Michel, si, tu peux y être vers midi, ça ne te fera qu’une heure à récupérer. C’est jouable, mais faut que tu ailles à l’essentiel ! Me claironna ma conscience.
Dans la maison, je m’activai comme une girouette remontée à bloc. Fallait au moins compter dix minutes de bagnole pour se rendre à l’hypermarché en respectant la limitation de vitesse. Je n’avais plus le temps de traînasser devant le miroir pour me poser la question qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre comme polaire aujourd’hui ?! Y’avait urgence ! Pour tenir ce nouvel objectif, il me restait seulement un quart d’heure pour me préparer. Je pris une douche sur le pouce, les fringues de la veille et sautai dans la voiture avec la barbe de deux jours.
Je me tapai un tracteur sur la route. Juste ce qu’il me fallait pour ironiser positivement sur mon sort et me dire que finalement tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. J’arrivai vers midi dix devant les bacs et, bien sûr, tout le monde était déjà à pied d’oeuvre.
Promptement je me dirigeai vers Stéphane et, ennuyé, je m’excusai.
- Je suis désolé pour le retard Stéphane.
- Oh, ce n’est pas bien grave. Je suis même étonné que tu sois là tu sais ! vu comment ça c’est déroulé hier on était tous plus ou moins persuadés que tu ne viendrais pas aujourd’hui !
- En fait j’ai eu un petit problème ce matin.
- Une panne de réveil, il souria, je préfère ça à un accident sur la route !
- Attends Stéphane tu plaisantes ou quoi, une panne de réveil pour un travail qui commence à onze heures !!
- Je sais encore reconnaître quelqu’un qui tombe du lit !
Il me sembla vain de chercher à lui mentir. Ma coiffure négligée, ma barbe de la veille et mon œil amorphe étaient autant d’indices qui ne corroboraient guère avec un supposé rendez-vous chez le médecin.
- Monsieur est observateur !
- Monsieur sait ce que c’est ! Il rigola. Tu sais Michel, c’est pas la peine de me mentir, tu verrais ta tête, à ma place tu penserais la même chose,
- Ça se voit tant que ça ?!
- Tu peux pas imaginer le gyrophare, « j’viens d’me l’ver, j’viens d’me l’ver », que tu as dans les cheveux et celui de « j’tombe du lit, j’tombe du lit » dans les yeux qui transperce derrière tes lunettes.
- Ben mince alors j’aurais pas cru !
- Enfin, le principal c’est que tu sois parmi nous,
Il prit son téléphone pour appeler l’agence d’intérim vu qu’il avait déjà signalé mon absence. L’agence d’intérim lui avait dit qu’elle lui envoyait quelqu’un d’autre. Ce n’était plus la peine. La situation venait d’être rétablie avec brio par votre serviteur, le réapprovisionneur hors pair, jongleur de glaces dans le frizeur, moi, Michel.
- Comment est-ce que l’on s’arrange pour l’heure en moins ? demandais-je à Stéphane.
- Tu as une idée ?
- En fait j’ai pensé que demain je pourrai venir à dix heures au lieu de onze heures.
- D’accord mais qu’est-ce qui me dit que tu seras bien là ! En retard dès le deuxième jour, tu peux aisément comprendre que je me pose des questions sur ta ponctualité.
- C’était un simple accident qui ne se reproduira pas.Je ne vois pas d’autre solution. Et puis c’est pas compliqué, si je suis encore en retard tu me vires sur le champ !
- Te virer le dernier jour de ta prestation de trois jours, tu trouves ça malin ? Toute la paperasse à remplir pour deux modiques heures de retard. Tu imagines un peu ?
- Non, oui, euh, bien sûr que non, je serai là à dix heures et tu n’auras pas à le faire
- Écoute Michel, je vais y réfléchir, on en rediscute plus tard d’accord.
- Entendu ! bon allez, ce n’est pas tout ça, mais je pense que je dois avoir du pain sur la planche ou plutôt du vide dans les bacs avec mon retard.
- Vas-y mollo Michel, prends le temps de te réveiller correctement, je voudrais pas avoir à expliquer un accident de travail en plus de ton retard! Je n’aime pas non plus ce genre de paperasse.
- Y manquerait plus que ça ! que je lui répondis, amusé.
Le ton était monté et moi au lieu de rester au plumard et de leur envoyer un bon coup de catapulte par téléphone je cherchais à sauver ma tête pour continuer à me geler à moins vingt trois degré pendant la canicule. Je me disais que j’avais eu de la chance d’arriver avant mon remplaçant.
Je fis un rapide signe de la main à Sabrina en guise de bonjour tandis qu’elle était en pleine négociation avec une cliente. Vanessa était occupée avec un client. Le temps imparti à pavoiser sur la soirée de chacun pendant la pause café était passé depuis un bail. Je me hâtais de vérifier les stocks dans les bacs.
Je sortis mon calepin et mon stylo de ma polaire et M’activai de noter les parfums et variétés à approvisionner. Les bacs étaient encore pleins. Il n’y avait pas eu grand monde durant mon absence. Sabrina m’interpella de l’autre côté du bac en cours d’examen.
- Ouf, bon débarras ! Elle commençait à me saouler celle-là à hésiter entre la glacière jaune et la glacière rouge ! Tu l’aurais entendu Michel. Elle minaudait, « j’aime bien le jaune mais c’est dommage que ce soit si salissant sur la plage comparé au rouge ».
- Fallait lui dire de prendre les deux. La rouge pour l’extérieur et la jaune pour l’intérieur. La jaune pour sur les cailloux et la rouge pour sur le sable fin. Fallait lui dire qu’elle pouvait les mettre à la machine à laver le linge à basse température
- Ouais, chuis pas sûre qu’elle m’aurait cru. Elle me regardait comme si je n’arrêtais pas de lui mentir. J’avais presque envie de lui dire que c’était bien des glaces et pas des insecticides. Qu’elle pouvait y aller sans risque.
- Suspicieuse à ce point là ? Non je ne te crois pas ! Tu me fais un peu marcher !
- J’exagère à peine. Qu’est-ce que j’ai été contente qu’elle en prenne une. Depuis ce matin c’est la première glacière que j’écoule.
- Et finalement c’est laquelle de couleur qu’elle a pris ?
- La jaune parce que soi-disant qu’elle attirerait moins les rayons du soleil,
- Ah bon ?
- Ouais, je n’ai pas cherché à comprendre plus, elle m’a trop saoulée !!
Sabrina contourna le bac et tout en se rapprochant elle me susura.
- Bon à part ça, qu’est-ce qui t’est arrivé ce matin Michel ? Tu as tellement pensé à moi cette nuit que tu as rencontré des problèmes pour te lever à l’heure ?
Et moi qui pensais qu’elle avait retenu la leçon de la veille. Mon indifférence face à ses multiples attaques mammaires ne lui suffisait pas ? Ce qu’elle avait manifesté à mon égard alors que nous ne nous connaissions pas…Ou alors c’était moi qui était complétement sorti du système avec mes lectures et mon canapé ?! Qu’est-ce qu’elle recherchait vraiment en agissant de la sorte ? Une érection de ma part ?! Une proposition traditionnelle d’aller boire un verre ?! Sûrement que je me posais trop de questions. Y’avait une chose que je savais, Sabrina n’était pas mon style.
En bon bougre et pour ne pas la vexer, comme visiblement elle recherchait le jeu, je décidai de poursuivre dans le sens de ses propos.
- On ne peut rien te cacher. Je t’ai attendue une bonne partie de la soirée. La prochaine fois que tu me poses un lapin, sois gentille, préviens-moi, ça m’évitera ce genre de déconvenue !
- C’est vrai ce que tu me dis là ? Elle se rapprochait de plus en plus, jubilant.
Alors que je regrettais l’intention narquoise des paroles prononcées et que mon coude se préparait à un nouvel assaut mammaire, une cliente interpella Sabrina.
- Dites moi !
- Bonjour Madame !
- Je vois que vous n’avez pas de barquette rhum-raisin ?
- Oui effectivement nous devons normalement être livré aujourd’hui. Si vous le pouvez repassez un peu plus tard.
- Très bien, entendu, merci.
J’en étais quitte pour une bonne frayeur. Elle ne put rien faire d’autre que de se mettre à la disposition de la personne. Je retournai dans mes comptes.
Des bâtonnets menthe amandes, il en faut pas, des citron non plus, non pour les barquettes nougat , que trois au chocolat, tiens je peux prendre combien, une, deux, trois, quatre vanille, ça m’occupera.
Alors que je disposai les barquettes dans les bacs de manière à me faciliter le calcul des quantités à rapporter du frigo Sabrina revint de plus belle. Elle m’embarrassait avec ses piaillements intempestifs derrière mon dos. Ben, ça n’allait pas être très commode aujourd’hui. Depuis mon arrivée la sensation de sa poitrine était omniprésente quelque part sur mon corps, sur mon avant bras droit, sur mon épaule gauche tandis qu’elle était sur la pointe des pieds. Comment allais-je bien pouvoir remédier à cette situation qui ne méritait pas un coup de catapulte ! Mais alors un coup de quoi ? Pfff ! Je ne cherchai pas longtemps.
Avec mon retard, je devais me faire oublier. Son insistance à me provoquer au lieu de travailler allait me retomber sur le dos. Je le sentais.
- Dis donc Sabrina, tu ne veux pas aller te renseigner sur les prétendues douceurs des coudes de Stéphane…
Sa réponse se noya dans le vacarme de l’hypermarché. Sans me retourner je filai dans le couloir puis dans le frigo. Tout en cherchant les parfums sur les palettes, je rêvassais. Avec une température plus clémente l’endroit aurait été idéal pour hiberner pendant les longues périodes d’attente.
Pas vraiment stressant ces multiples réapprovisionnements. Plutôt fatigants. Le rendement me semblait même médiocre si on prenait comme paramètre principal le rapport entre la masse ou le volume livré et la distance parcourue. Y’avait pas de quoi sauter au plafond ! Economiquement mon poste ne se légitimait pas. Le travail pouvait être accompli par Stéphane sans que cela nuise à l’opération. Mais bon, il fallait un laquais, un bon chien-chien à sa mèmère, celui qui répond toujours par l’affirmative, dévoué et passionné par le sale boulot. La vie était ainsi faite. La pyamide des responsabilités existait chez Trobon comme ailleurs. Je ne disais rien. Je ne manifestais pas mon mécontentement. Payer une misère à faire pas grand-chose c’était mieux que rien. Je sortais de l’isolement de mon canapé pour profiter des joies des interactions en société. Quelle bonne idée Catherine avait-elle eu de me téléphoner !
Tandis que je remplissais les bacs avec le peu de produit que contenait le chariot, un gugus de l’hypermarché s’approcha de Stéphane. Il arborait, non sans classe, le gilet local du staff bureaucratique de l’hypermarché.
La façon qu’il eut de me dévisager me laissa à penser que mon retard allait être le centre du débat. Même si je possédais les capacités suffisantes pour me défendre ou, en tout cas, pour me justifier, je ne m’immisciai pas dans la conversation. J’attendais que l’on m’y invite. Stéphane ne devait pas avoir de problèmes supplémentaires avec un court-circuitage hiérarchique.
Me dépêchant de terminer l’approvisionnement je campai à une distance raisonnable pour mes oreilles, l’air de rien. Mon calepin d’une main, le stylo dans l’autre, je tournoyais à proximité respectueuse de la petite joute verbale à laquelle se livraient Stéphane et gugus à l’étendard du magasin. Visiblement ce dernier n’était pas vraiment épaté par ma prestation. C’était difficile de suivre ce qui se disait avec tous les parasites sonores qui me cernaient. Au bout de cinq minutes, prétextant un problème, je me joignis à eux comme pour provoquer la confrontation.
- Bonjour, excusez-moi de vous déranger ! m’incrustai-je
- Jacques, je te présente Michel, notre réapprovisionneur ! dit Stéphane
- Ah oui, d’accord, c’est vous, bonjour ! me dit-il sans vraiment me regarder.
Jacques ne me connaissait pas. Du moins c’était la première fois que nous nous adressions la parole.
- Stéphane, il faut que je te parle, je reviens du frigo et je n’arrive pas à mettre la main sur les rhum-raisin, le bac est vide et les clients nous en réclame. On ne devait pas en recevoir ce matin ?
- Ils doivent être quelque part, tu peux patienter un moment. Je suis à toi dans cinq minutes.
Mon souhait était qu’en m’approchant Jacques exprimerait ses reproches à la personne concernée, mais non, il se cantonna uniquement aux formalités du “bonjour” insipide qu’imposait la situation de travail et l’inégalité lié au rang cadre non cadre. Je me mis donc à l’écart devant cette défaite. Sabrina qui scrutait la scène de l’autre côté du stand s’approcha et me demanda.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Pas grand chose, je suis en train d’en prendre pour mon grade à cause de mon retard. Ça a dû occasionner une perte de quelques centaines de milliers d’euros ?! Alors forcément, ils ne sont pas contents !
- Combien tu m’as dit d’euros ?
- Je compte sur Stéphane pour me défendre. S’il m’enfonce, je suis cuit, roti, braisé, même en allant me réfugier dans le frigo !
- Qu’est-ce que tu dis Michel, qui c’est qui veut te baiser ?
- Ecoute Sabrina, tu vois le gugus avec son splendide gilet rouge. Et bien c’est celui qui est au-dessus de Stéphane et quelque chose me dit que tu vas te faire enguirlander si tu ne te remets pas illico presto à la vente.
Sabrina prit une glacière rouge en main et se dirigea rapidement vers une cliente. Stéphane discuta encore quelques instants avec Jacques. Chacun me jettant des petits coups d’œil sporadiques. Il ne pouvait pas y avoir d’équivoque possible. Ils discutaient sur mon blaze de retardataire maladif. Lorsque Jacques s’eclipsa je retournai m’informer de la situation.
- Alors Stéphane, raconte-moi, c’est qui ce Jacques ? Vous discutiez à propos de mon retard ?
- On peut rien te cacher Michel. Jacques s’occupe de la gestion des stocks de l’hypermarché. ici, ils ont une politique assez drastique. Ils ne supportent pas les retards. Tu sais que tu as de la chance ?
- Pourquoi ?
- Parce que je ne te connais pas. C’est vrai que ce matin, comme on n’avait pas de nouvelle de toi, c’est pas qu’on a paniqué, mais on a réagi normalement. On n’avait nulle part où appeler pour avoir des informations sur ta venue ou non. Ça a fait une petite vague qui est remontée jusqu’à ses oreilles. C’est pour ça qu’il est descendu de son bureau. Il ne savait même pas que tu étais arrivé depuis peu.
Comme il était impuissant devant mon contrat d’intérim avec Trobon, il était venu remonter les bretelles à Stéphane pour le principe. Mon respect de la hiérarchie et le désir de ne pas perturber le plan de carrière de Stéphane ne me permirent pas d’exposer mon point de vue à l’aide d’une catapulte, dommage.
Et puis, j’étais là, en retard, certes, mais néanmoins là ! Contre toute attente, au péril de ma vie, lancé à plus de trente kilomètres par heure, bien protégé du vent, chaudement blotti derrière un tracteur. Je n’étais pas encore tout à fait réveillé, y me manquait mon café mais j’étais là.
Au fur et à mesure des heures passées dans cet hypermarché ma marge de manoeuvre diminuait et ce en dépit de la haute qualité de ma prestation en réapprovisionnement. Stéphane savait que je n’accomplissais pas ce travail de gaité de coeur et me remonta le moral.
- Oublie ce qui vient de se passer Michel, n’y pense plus, c’est pas grave. On s’arrange comme on a dit. Demain tu viens à dix heures et puis voilà. Eux c’est pas nous et, nous c’est pas eux. On ne bosse pas pour le même patron même si ensemble ils jouent peut-être au golf quelque part.
- Ouais tu as bien raison, nous, on travaille pour Trobon.
- Oui, on peut simplifier les choses comme ça !
Pour montrer ma bonne volonté, je pris le chariot, direction le frigo. On m’avait dit qu’on recevrait de la camelote tous les jours. Quatre nouveaux bacs avaient été installés, au lieu des trois initialement prévus, et remplis de variétés sortant de mon champ de connaissances. Mon répertoire n’avait plus qu’à les prendre en considération. Une tâche d’une faisabilité largement à ma portée mais qui, tout de même, dérangeait un peu la routine établie depuis la veille. Est-ce que nous avions reçu les rhum-raisin qui commençaient à faire défaut sur le stand ? L’emplacement, l’étiquette, tout était prêt pour les recevoir dans un bac.
Les rhum-raisin, c’était devenu une idée fixe. La question était en suspens. Je n’allais pas tarder à le savoir. Se munissant de sa polaire, Stéphane prit mon pas en me disant :
- Je t’accompagne ! On va un peu réorganiser les palettes. Il faut absolument qu’on trouve les rhum- raisin !!
- Ouais, ton aide me facilitera la tâche pour dénicher les parfums qui se cachent. Parce qu’avec le froid et ma myopie je suis déjà pas mal handicapé, alors si elles sont en vrac complet, je ne promets plus l’efficacité habituelle, lui répondis-je en souriant.
Devant la porte du frigo Stéphane était toujours en T-shirt. Sa polaire à la main il avait l’intention d’y rentrer tel quel.
- Mais dis-moi, tu ne vas pas y aller comme ça, tu sais combien il fait là dedans ?
- A te voir habillé comme un alpiniste, pas très chaud, et alors ? T’as vu la température qui règne dans le magasin. Ça ne pourra me faire que du bien de prendre un peu le frais tu ne crois pas ?
- Un peu le frais, un peu le frais, c’est un doux euphémisme, tu vas vite te rallier à mon avis, mais bon, je ne peux pas t’en empêcher. Un peu le froid serait plus d’à propos, tu es prévenu. Enchaînai-je.
Il avait quand même mis des gants mais continuait mordicus à prétendre parvenir à vaincre les moins vingt-trois degrés de la chambre froide sans se couvrir. Après tout tant qu’il ne me forçait pas à faire de même…
Stéphane emmenait sa fierté avec lui. Peut-être qu’il voulait aussi se défouler de l’accumulation d’inactivité dans la surface commerciale. Il prit comme challenge le fait de ne pas mettre sa polaire. Moi, habitué, couvert à souhait, je remplissais nonchalamment le chariot avec la liste tandis que Stéphane, pour se tenir réchauffé, entreprenait de mettre de l’ordre dans les livraisons de la journée. La mission consistait à dénicher en priorité les rhum-raisin et à classer le reste par catégorie. Stéphane se munit du tire-palettes stationnant dans le frigo.
- Mais qu’est-ce que c’est que cet engin qui fonctionne pas ?! grogna-t-il
- Mais si, il fonctionne, mais disons que le froid lui grippe un peu les genoux. Comment dire ? Il a du mal à s’élever et à se baisser, sinon il fonctionne très bien ! dis-je pour le calmer.
Il pompait sur l’appareil comme une brute. Les broches étaient presque muettes. La palette restait immobile. Il réitéra l’opération sans résultat. Stéphane était furieux et sous l’effort et le froid il fumait.
- Michel, tu veux pas aller voir si y’en a pas un autre potable qui traîne dehors s’il te plaît ?
Je m’exécutai. L’occasion était trop belle de sortir trente secondes de ce lieu pour me réchauffer, mon chef me le demandait expressément ! Dans le couloir, à part une palette sur la droite et deux cartons à côté, il n’y avait guère de tire-pale qui vive ! Qu’à cela ne tienne, d’autres salles pouvaient en dissimuler un. Laissant la porte du frigo entrouverte afin de ne pas enfermer Stéphane à l’intérieur, je partis à la découverte des autres lieux de stockage. Dans le lointain les vociférations de Stéphane résonnaient dans le couloir principal.
La visite de un, deux, trois, quatre lieux du dépôt me fit rencontrer des employés tous occupés avec leurs outils de manutention chargés comme des mulets, mais pas le moindre tire palette solitaire.
Bon allez je vais pas non plus attendre en embuscade que l’un d’entre eux se libère pour le réquisitionner. Y’a un code de déontologie aussi chez les manutentionnaires. Une des lois dit : à chacun son tire-pale et les palettes seront biens tirées. Je décidai de retourner au frigo de Trobon montrer à Stéphane comment, sans s’énerver, on pouvait, certes péniblement mais suffisamment, soulever les palettes pour les déplacer avec la relique congelée.
De retour dans le couloir, je l’aperçus qui sortait de la chambre froide. Se rapprochant il me dit :
- Brrr c’est pas que je ne veux pas terminer de mettre de l’ordre dans les glaces…mais je commence à avoir les oreilles qui sifflent atrocement…Elles sont givrées !
- Et encore je me demande comment tu fais pour ne pas être transi. Tu me donnes la chair de poule en T-shirt comme ça.
- Ben moi aussi figure toi, je sais pas comment j’ai fait, je sais pas pourquoi j’ai emporté avec moi à l’intérieur ma polaire si ce n’était pas pour la mettre et surtout comment je me sentirai demain matin.
- Quoiqu’il arrive Stéphane je serai là à dix heures, tu le sais.
- Bon, ce qui m’ennuie, c’est que ce n’est pas encore terminé à l’intérieur. Il faudrait y retourner.
- D’accord mais cette fois, joue pas au héros, mets ta polaire.
C’était très pénible avec ce tire-palettes à la jambe cassée. Sans compter qu’il y avait tout juste la place de manœuvrer dans le frigo. La livraison dans le chariot était prête. Toujours au frais. Et comme des forcenés on regroupait les parfums entre eux. Il nous fallut encore vingt bonnes minutes avant d’arriver à un résultat satisfaisant. Stéphane n’en pouvait plus. Il était à la limite de la cyanose. Je lui dis de sortir mais il insista, connerie de fierté, pour continuer à mes côtés. On se gelait. Il cherchait à me prouver qu’il était capable d’attraper une pneumonie en T-shirt à moins vingt-trois degrés. Je ne pensais pas une telle chose possible. Ça m’impressionnait plus que le supposé premier pas de l’homme sur la lune !
- Allez Stéphane, je crois que c’est le moment que tu lâches !! Insistai-je
- Tu as raison, mais on arrête ensemble, on finit cette palette et on sort, trancha-t-il ayant compris sa bévue.
Et moi d’ajouter :
- Dix minutes, histoire de reprendre un peu des couleurs. L’ennuyeux c’est que l’on n’a toujours pas mis la main sur les rhum-raisin.
La palette complétée nous déguerpimes du frigo. C’était en fait la dernière à réorganiser, alors nous retournâmes près des bacs dans le magasin. Nous étions restés trop longtemps là-bas. Stéphane affichait un visage tout rouge. Maquillé façon « la moutarde me monte au nez ». Je me marrais en pensant que j’avais le même, la buée sur les lunettes en plus, bien sûr !
- Tu réalises un peu Stéphane, on est resté trop longtemps dans ce satané frigo. on n’est plus crédible en vendeurs de glaces. Vaudrait mieux se reconvertir en vendeur de Pastis ! Qu’est-ce que tu en penses ?
- Je ne sais pas trop ! Y’a qu’une chose dont je suis sûr, c’est que j’en prendrai volontiers un, mais sans glaçons !
- Quand je pense à tous les conquérants et les explorateurs qui ont affronté les éléments dans les régions septentrionales du globe pendant des mois, des années…
- Arrête je vais faire des cauchemars cette nuit !
- Nos moins vingt-trois dégrés à côté de leurs moins quarante, que dis-je, de leurs moins cinquante, c’est vraiment du pipi de chat !
- Tu penses que le Pastis existait déjà à leur époque ?
- Je ne sais pas, mais ils devaient avoir l’équivalent si ce n’est quelque chose d’encore plus revigorant ! tu imagines qu’à une telle température en dessous de zéro t’as tes mains qui restent collées au métal comme les mouches sur du papier collant.
- Arrête Michel, je te dis ! je vais avoir un malaise.
- T’avais qu’à mettre ta polaire ! Si demain t’as pas la crêve c’est que tu as une sacrée constitution de bucheron canadien mon gaillard !
- Quelque chose me dit que j’ai dû l’oublier ce matin avant de venir. Il renifla.
Après avoir réapprovisionné les bacs je me retrouvais dans le vide occupationnel de ma mission. Mon retard ne me permettait pas de récidiver avec la lecture près des bacs même si pour Stéphane il s’agirait d’une grande première.
J’étais toujours incapable de baratiner à outrance les clients quant aux prétendues vertus de la glacière offerte mais j’étais décidé à mettre de l’eau dans mon vin. Plutôt que de raccoler les clients, je tentais de les sensibiliser avec humour. Prenant une voix caverneuse, à la manière des maraîchers sur les marchés, je disais :
- La glace Trobon ! La bonne glace Trobon ! La glace qu’il vous faut !
Certes, le slogan n’était pas très brillant mais il avait l’avantage de ne pas avoir coûté des millions de dollars à faire plancher une armada de chargés d’études en communication pendant des semaines ! Celui que je préférais c’était, cinq produits Trobon achetés, une glacière offerte, elle n’est pas belle la vie ?
L’inspiration venait en fonction des clientes et clients qui passaient à ma portée, des regards, de l’apparence vestimentaire, des postures, de la manière d’évoluer dans l’espace, voire même du contenu visible du caddie. Mais je ne braillais pas souvent dans le magasin car ça me gênait un peu. Ma timidité me freinait. Sur le stand j’étais le seul à le faire. Ça provoquait des sourires et des éclats de rire chez Sabrina et Vanessa qui ne voulaient pas en entendre parler.
- Arrête donc Michel ! tu fais fuir tous les clients avec ta voix de casserole !
- Puisque je vous dis que non, au contraire je les accroche avec ma voix, regardez-les s’approcher.
Le résultat mitigé était sujet à polémique sur le stand. De la sorte l’ennui se dissipait et les minutes passaient plus vite !
Mais je devais lutter contre une concurrence pointue et professionnelle : entre le poissonnier qui sans relâche informait la clientèle sur un arrivage de cabillaud, une offre promotionnelle sur les crevettes roses ou les sachets de un kilogramme de moules, et une autre employée affectée aux pommes de terre lesquelles selon ses dires étaient super bonnes, je n’avais pas beaucoup de temps pour en placer une. Un coup de catapulte pour qu’ils se taisent plus de trente secondes afin que je sorte du lot n’aurait pas augmenté ma performance, ce, en dépit des multiples encouragements dont Stéphane me gratifiait.
- Voilà, c’est bien comme ça, de mettre un peu d’animation sur le stand Michel !
- Mais non, qu’il arrête, il fait fuir les clients, plaisanta Sabrina
- Tu ne peux pas savoir à quel point je me force pour sortir trois mots ! je le fais seulement pour vous aider à écouler des glacières.
- Peut-être mais toi au moins tu y arrives ! Moi y’a longtemps que j’ai abandonné. D’ailleurs je me demande bien si j’ai déjà vraiment essayé ?
- Te gène pas pour moi, je ne me moquerai pas. Au contraire je t’appuierai. Je serai solidaire. Attends, tu jouais les gros bras tout à l’heure dans le frigo sans ta polaire et maintenant que je te demande…
- Je n’aime pas ma voix, je ne sais pas chanter, on dirait une casserole ! pour vendre de la glace c’est pas ce qui se fait de mieux tu ne crois pas ?
- Parce que tu trouves que j’ai une voix de chanteur d’opéra peut-être ? Tu penses que je serai là si mes organes vocaux possédaient les qualités requises.
- Chanteur d’opéra comique ! pouffa dans son coin Sabrina.
Elle était dans le vrai. Je n’arrivais qu’à déclencher le sourire chez les clients au lieu de susciter leur intérêt. Celui qui, toutes affaires cessantes, les inciterait à remplir leur caddie de barquettes.
- Allez quoi, Stéphane, montre moi de quoi tu es capable ! Ne me dis pas que tu ne sais pas pousser la chansonnette quand même ! Regarde moi, j’y arrive bien et pourtant je suis réapprovisionneur, pas saltimbanque !
- On verra plus tard, Michel. Et puis je ne veux pas être le seul, Sabrina aussi.
- J’ai perdu une bonne occasion de me taire !
- On se suce un batonnet au citron juste avant, histoire de se préparer la voix, de l’adoucir, de la rendre feutrée, et puis on fait péter tous les scores de ventes sur le département….
- Sur la région ouais ! Ajoutai-je.
- Mais vous n’y êtes pas les gars, dans tout le pays !!! clotura Sabrina.
- Avec tes cordes vocales, si tu te joins à nous, c’est possible en effet ! répliquai-je
Comme un début de fanfare, toutes les animations se mirent à vanter les mérites de leur produit respectif, Chacune équipée d’une sono et d’un micro. A l’endroit du stand Trobon, ça ressemblait plus à une cacophonie (non orchestrée) qu’à un boléro. Nous, on n’avait pas de micro. La raison ? Faille dans le budget ? Omission dans la logistique ? Simple habitude de la maison ? Quand je posai la question à Stéphane il se sut pas me répondre.
On ne faisait pas le poids. On n’entendait même plus notre voisine directe, Marguerite, qui vantait de sa tendre et délicate voix les avantages de la petite noisette de Noirmoutier qui, selon ses dires, était super extra bonne, pas plus qu’Alex, le poissonnier, qui proposait pourtant tant de beaux produits. Noyé, débordé, submergé par les slogans raccoleurs pour du pop-corn, du saucisson, du fromage en tube pouvant se conserver en plein soleil, tel un néandertalien devant un tyrannosaurus rex, je partis me réfugier dans ma grotte, sans oublier mon chariot et ma liste de livraison : des cornets chocolat, des bâtonnets chocolat amandes, du sorbet à la fraise, des minis cornets praliné et caramel…ils marchaient du feu de dieu ces minis cornets, pensais-je en déambulant dans le long couloir de l’entrepôt, drôlement mieux que ceux vanille et chocolat !
A ma réapparition craintive, je fus agréablement surpris de constater que toutes les animations avaient réglé leur diapason et baissé d’un ton. On percevait à nouveau sa propre respiration et les clic-clics des caddies en manque de réparation.
Un gugus se dirigea droit vers Stéphane qui l’accueillit avec le sourire. Qu’est-ce que j’avais bien pu commettre encore comme faute impardonnable, grave, voire lourde ? Ils se dirigèrent vers moi. Je sifflotai en disposant les barquettes.
- Tiens Michel, je te présente Jean-Paul, le régisseur de l’opération sur les Yvelines
- Jean-Paul, c’est Michel notre réapprovisionneur maison.
La même lueur suspicieuse qui avait jailli dans les yeux d’Antoine lorsqu’il m’avait vu la première fois apparut dans son regard. Je fis mine de ne pas la distinguer et le saluai cordialement. Il venait sûrement de Montesson, le lieu de l’autre opération Trobon. Antoine avait certainement dû lui dresser un topo détaillé de ma personne.
Depuis mon début de mission, j’avais repéré plusieurs glacières mises à l’écart. Au marker noir indélébile y était inscrit le mot « régie ». Pour l’instant seul Stéphane fouillait dedans de temps à autre. Les hôtesses et moi n’étions pas habilités à ne serait-ce qu’assouvir une soif de curiosité.
- Dis donc Jean-Paul, tu nous amènes un micro pour que l’on augmente nos performances ? lui demandai-je
- On n’est pas autorisé par l’hypermarché à en utiliser un, me répondit-il platement
- Ah bon ? Les autres oui et nous non ? Y’a une raison valable qui le justifie ?
- Peut-être parce que l’on vend du Trobon ?! Que c’est de la marque ? dit-il dubitatif
- Ah ouais et que les glaces sont super bonnes, tellement succulentes qu’il ne fallait pas le crier sur tous les toits de façon à éviter une émeute digne d’un match de football ! grosso modo, c’est du Trobon, pas de micro, moins de bobo ! c’est ça ?
- On peut voir les choses comme ça effectivement.
- Est-ce que ça voulait dire, je te pose la question Jean-Paul, que les stands qui ont besoin d’un micro proposent des articles de mauvaise qualité ?
Face à mon envie de polémiquer sur un sujet qui ne l’intéressait pas il éluda magistralement ma question en s’adressant à Stéphane. M’énerver n’était pas dans mes projets, aussi n’insistai-je pas.
Les gens arrivaient. Les caddies se multipliaient dans les allées. Ça se frôlait, s’entrechoquait parfois, souvent dans la plus grande indifférence et avec une quasi absence de courtoisie. Dans cet encombrement digne de la place de l’étoile à 19 heures 30 en pleine semaine, je devais avec mon frêle chariot et les glaces Trobon me frayer un chemin, sans gyrophare, et sans garde de motards, du frigo jusqu’aux bacs. Et cela sans compter les lunettes embuées. Ces dernières n’étaient pas des demi-Lunes alors la tête penchée en avant, les carreaux tout blancs, ma myopie prenait le relais de mes verres correcteurs afin de distinguer les obstacles du parcours. Je zigzaguais avec un zeste de comédie, d’exagérations, pour dissuader les clients de base de ne pas me laisser la priorité. S’ils désiraient que leur caddie ergonomique ne soit pas renversé, fallait qu’ils me cèdent le passage. Je bossais et heureusement que le stand était proche de la sortie de l’arrière boutique. Les glaces n’auraient pas tenu la traversée intégrale de l’hypermarché.
Même un cardiaque serait parvenu aisément à accomplir la tâche pour laquelle on me payait. Rien de stressant tant dans les directives que dans les cadences. Cependant les risques de blessures, de foulures, d’entorses, que sais-je encore, étaient loin d’être négligeables.
Après le remplissage des bacs, je rangeais systématiquement le chariot près du premier bac, Celui des minis cornets praliné et caramel. Marchaient pas mal ceux-là aussi !
En pleine manœuvre j’eus juste le temps de me plaquer sur le bac pour éviter de me faire littéralement broyer la cheville. Grâce à ce réflexe, seul un soupçon de frottement sur le cuir robuste de ma chaussure droite se fit sentir. Juste le temps d’exécuter un déhanché acrobatique afin d’éviter le choc dramatique.
La cliente s’éloignait avec son caddie d’un pas nonchalant, réfléchissant à son prochain achat. Comme dans « Le Corniaud », une Roll’s Royce face à une deux-chevaux. Apparemment, ses poignets n’avaient pas reçu d’informations concernant un quelconque accrochage à babord. La mer était d’huile. Elle poursuivait sereinement son cap sur la poissonnerie juste en face. Heureusement ma cheville ne se démonta pas en mille et un morceaux.
Comme elle ne disait rien, même pas un semblant de tremblement de lèvres qui aurait voulu marmonner quelque chose, une excuse polie, non, que dalle ! Il fallu que je m’adresse à elle. Ça n’allait pas être avec de la dentelle ! Mis à part le fait que je venais de déplacer un chariot pas très conventionnel pour le quidam ordinaire venant faire ses courses, rien ne laissait à penser, dans mon accoutrement vestimentaire, que j’étais le réapprovisionneur du stand. Ou peut être si, la polaire ? Et alors ? Parce que je rangeais des glaces, ça lui donnait le droit de me traiter comme plus bas que terre ?
Elle aurait été maline si j’avais feint le stupide accident de travail. Avec un plâtre ou une attelle à la cheville droite, désolé les gars mais j’ai l’intime conviction que pour le réapprovisionnement vous feriez mieux de penser à quelqu’un d’autre. Mais non ! Heureusement que j’étais là ! Avec ma légendaire dextérité, je venais de sauver du naufrage l’opération “j’aime Trobon”!
L’envie de lui asséner cinq cinglants coups de catapulte me traversa l’esprit. Qu’elle ne vienne pas traîner près des bacs, à l’affût de cette superbe glacière. Mes catapultes étaient en alerte. Moi vivant, jamais elle ne sortirait de l’hypermarché avec le sentiment d’avoir fait une affaire en mettant plus de quinze euros dans de la glace en barquette ! Elle n’avait même pas le droit d’en rêver sinon…
A nouveau, accoudé sur un bac, listant les parfums sur le calepin, je cherchai un cul sur lequel me rattacher. Qui me consolerait. Qui me réconforterait. Ondulant, roulant, ferme et consistant, qui me chuchoterait, c’est pas grave Michel, ne t’inquiète pas, le cuir de ta chaussure n’est que très superficiellement atteint, tu vas t’en sortir et elle aussi, fais-moi confiance ! Et je tombai sur Sabrina et sa mitraillette.
- Alors, Michel tu n’as pas une histoire drôle à me raconter pour passer le temps ?
Elle m’avait pris par surprise. La veille au soir j’avais élaboré un plan qui consistait à prendre les devants, à l’aguicher, à faire monter les enchères pour voir jusqu’où elle tiendrait. Son arrivée impromptue bouscula quelque peu mon stratagème. J’improvisai au petit bonheur la chance une solution d’urgence en prenant un client à parti. Dès qu’elle me surprenait, je jouais, mal, la comédie.
- Monsieur, s’il vous plaît, aidez moi ! Je suis en train de me faire harceler sur mon lieu de travail ! je vous en prie !
Et, à chaque fois, c’était le même discours. Comme quoi ça ne les regardait pas. Qu’ils étaient venus pour remplir leurs placards s’ouvrant avec des charnières. Y’a même un clampin qui me dit.
- Vous devriez plutôt être content. A votre âge ça ne m’aurait pas déplu bien au contraire de me faire assiéger par une collègue aussi mignonne.
- Ouais c’est plus facile à dire qu’à vivre, vous ne voulez pas prendre quelques barquettes de glace ou une glacière pour m’en délivrer s’il vous plaît !
- Avec mon diabète vous voulez m’envoyer dans le trou ou quoi ?!
Depuis hier, elle n’arrêtait pas de me faire du rentre-dedans. Elle était jeune. Certes, je l’étais aussi. Mais quand même légèrement moins ! Gentiment je lui disais d’aller jouer ailleurs - regarde Stéphane comme il est beau garçon - cherchant la diplomatie idéale pour ne pas la blesser. Le terrain était glissant et parsemé d’embûches. Pourtant y’avait pas de bûches de Noël dans les bacs ? Bref, elle se comportait comme un moustique. Dès que je me posais quelque part, elle rappliquait et me piquait de ses tétons “al dente” tout juste post-pubères. Il fallait que j’arrive à mettre mon plan à exécution !
Au moins avec Vanessa la relation restait professionnelle. Un bonjour, un au revoir, quelques sourires cordiaux et de bon esprit. Que demandait le peuple ? Avec Vanessa, je pouvais dormir sur mes deux oreilles. Stéphane me demanda :
- Michel, qu’est-ce que tu fais, Y’a Antoine qui arrive avec Vanessa et Jean-Paul ; on va aller manger devant le match de football Brésil/Turquie, tu nous suis ?
- C’est gentil mais qui est-ce qui va tenir la boutique si on y va tous les quatre, Sabrina ? Et si y’a besoin d’aller au frigo ?
- Ouais, c’est vrai, t’as raison, on ne va pas laisser Sabrina toute seule, me répondit-il en réalisant l’impossibilité de la chose.
- Ce n’est pas grave, ne t’en fais pas pour moi, je survivrai ! lui lançai-je.
Je n’étais pas plus football que ça. En plus, l’équipe de France n’était même pas à l’affiche. Que les joueurs courent et marquent des buts ne changeait nullement, hélas, la température du frigo ! Sportivement, à la place, je m’étais livré en pature à Sabrina et ses lassos. Je n’étais pas sur le terrain, mais à deux minutes du coup d’envoi, avec mon maillot sur le dos, je m’apprêtais quand même à donner tout ce que j’avais pour ralentir sa progression.
Voilà le chantier. Un véritable cauchemar ! Elle ne manquait pas de charme. Mais à ce moment, d’autres projets monopolisaient mes pensées.
Stéphane revint vers moi.
- Au fait, Michel, j’ai oublié de te dire, dans les glacières “régie” y’a des petites voitures et d’autres bricoles à distribuer quand tu voudras. A tout à l’heure ! Soyez sages ! et il détala.
- Voilà enfin une activité qui va nous changer un peu de la monotonie ambiante, qu’est-ce que tu en penses Sabrina ?
J’eus le malheur de la regarder à peine une demi-seconde, c’était une demi-seconde de trop. Elle se radina toute guillerette. Mince ! Autour du stand y’avait pas un seul client potentiellement intéressé par l’offre de la glacière ! C’était sûr que cette fois-ci j’allais y passer, aïe, aïe, aïe ! Mais cette fois-ci le fameux plan élaboré ne me fît pas défaut et tentant le tout pour le tout, je lui dis :
- Bon allez Sabrina, maintenant qu’on est juste tous les deux, par quel bac tu veux commencer ? A moins que tu aies une préférence particulière, je me chaufferais bien dans la framboise et la fraise avec de la poire et de la mirabelle à portée de main. Qu’est-ce que tu en penses ?
Elle me regarda un peu gênée et elle me dit sans venir frotter ses protubérances mammaires incamouflables :
- Eho Michel, tu débloques ou quoi ?
On venait de faire un grand pas dans le bon sens. L’espace d’un instant, j’avais bien cru que le bac dont il était question allait être maculé par notre coît d’acharnés, mais non, ouf ! Ma stratégie à double tranchant avait porté ses fruits au-delà de mes espérances ! Sabrina était plus refroidie qu’après un stage d’une heure dans le frigo.
Apparemment, elle ne comprenait pas que je ne voulais pas abuser de sa gentillesse et de ses généreux et confortables élans d’amitié à l’égard de mes coudes. La naïve ! L’innocente petite fleur. Si à ce moment, j’en avais vraiment eu envie ! L’embarras d’une telle situation n’avait pas fait “flash” dans sa tête lorsqu’elle me faisait mousser avec ses plantureux attributs.
Et si je lui disais, n’importe où, je m’en fous, j’ai envie de toi, tu me dis qu’il y a trop de monde ici, certes, tu n’as pas tort pour une fois, j’ai une idée, allons dans l’entrepôt. On s’enverra en l’air avec une catapulte…
Toujours est-il que ma défense, ce plan infaillible qui devait me protéger de Sabrina, battait un peu de l’aile ! Ça l’avait calmée à peine deux minutes. Le temps qu’il lui avait fallu certainement pour réaliser ce que je venais de lui proposer. Je n’avais pas posé le problème de la bonne manière. Mon piège se refermait sur moi alors qu’elle revenait à la charge, chaude à en faire décongeler les bacs ! Comment allais-je bien pouvoir me défendre ?
A moins qu’elle ne nous espionnât, ce fut le moment inespéré que choisit une cliente pour me demander :
- Vous travaillez ici ? et sans attendre ma réponse, elle enchaîna : dans ce cas vous allez pouvoir me dire où je pourrais trouver des tomates cerises, s’il vous plaît ?
Sabrina se volatilisa comme par enchantement. Je me retrouvai planté devant ma sauveuse. J’aurais tout fait pour lui rendre la pareille. C’était mon deuxième jour de boulot. Et même si j’étais censé connaître un peu le magasin puisque j’habitais à proximité, la localisation très précise des articles autres que ceux que nous vendions dans les bacs m’était délicate et imprécise. Alors poliment, mais non sans une certaine pointe d’humour et un soupçon d’ironie, je lui répondis :
- Ouh la la, ouh la la, attention, Madame, je suis dans les glaces, madame, pas dans les légumes. Ce sont deux domaines complètement différents voyez vous et en même temps complémentaires.
- Mais vous êtes sûr que vous ne pouvez pas au moins m’indiquer ne serait-ce que la direction à suivre ?
- La direction, le sens, mais Madame si je me trompe et que vous atterrissez à la crêmerie vous allez m’en vouloir. J’aurais envie de vous dire entre les tomates et les cerises mais ce n’est pas encore la saison des tomates et celle des cerises vient de se terminer ! Alors je ne sais pas trop quoi vous dire. Tenez, enchaînai-je, renseignez- vous au rayon fruits et légumes ils devraient savoir
Elle partit dans la direction que lui indiquait approximativement mon bras, sans même me remercier. J’étais blasé, habitué ; elle ne méritait pas un coup de catapulte, juste une rupture de stock de tomates cerise vu qu’elle m’avait in-extremis sorti des griffes de Sabrina.
Cette dernière s’affairait avec une cliente. Elle bataillait pour une glacière. Y’avait un peu d’activité sur le stand. J’en avais marre de buller et de me faire traiter comme un moins que rien. A défaut de pouvoir bouquiner je décidai de toquer provisoirement ma casquette de réapprovisionneur pour celle de vendeur. Aimablement, avec une nouvelle approche du client Trobon potentiel j’improvisais avec la première cliente qui passa près des bacs.
- Et pas n’importe quelles glaces Madame ! Madame, regardez plutôt, ce sont bien des Trobon ! Non, Madame, vous ne rêvez pas ! Trobon et le monde est plus beau !
- Vous n’avez pas de glaces Pingouin plutôt ? Embraya-t-elle, me scrutant de son regard « bovin aux hormones ».
Mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien avoir derrière la tête ?! Elle n’avait pas entendu que je lui parlais des glaces Trobon, les glaces qui étaient un véritable bonheur dès qu’il faisait chaud ! Des glaces qui rendaient chaque instant de la vie franchement plus rigolo ! Je n’avais pas terminé mon numéro ! Ma double casquette en l’absence de Stéphane. Mon rôle de vendeur de glacière en veux-tu en voilà ! Je restai concentré et affinai un peu plus mon propos commercial.
- Ne me demandez pas de vous parler des glaces Pingouin. Je suis très spécialisé dans mon domaine. Sorti des glaces Trobon, le reste pour moi, vous savez, c’est du charabia ! tout ce qui n’est pas Trobon doit rester dans l’ombre incognito !
Elle se redressa comme une autruche vexée. Et elle partit en direction du stand charcuterie. Ni au revoir, ni merci, ni sourire. Il s’agissait d’une partie du quotidien de la vente, la plus pesante, et il fallait se taire, laisser faire, sans donner des coups de catapulte. Le danger résidait dans l’accumulation successive d’échecs, de non finalisation de la vente. Quelques succès garantissaient l’enthousiasme et le dynamisme autour du stand. Lors des deux dernières tentatives j’avais semé dans le vide pour ne récolter que du vent. Blasé, je pris la direction du frigo après un petit tour des bacs.
Stéphane avait donné son feu vert pour qu’on puisse inaugurer la distribution des jouets contenus dans les glacière régie. L’occasion était trop belle. Après tout, pendant l’absence de Stéphane j’étais mon propre patron, presque le boss du stand. Je réapprovisionnais quand il le fallait. J’essayais en vain de vendre. Le moment était idéal pour changer d’occupation car j’en étais presque arrivé à songer à demander à Stéphane pour la lecture.
Les petites voitures représentaient en fait de grossières reproductions, sans véritables détails, de vieilles camionnettes de livraison de glace. A l’exception de la cabine en ferraille bon marché, les portes arrières, les roues et le chassis étaient en plastique de barquettes de glace recyclée. Elles étaient de couleur jaune avec le logo de Trobon de chaque côté. Les portes arrières s’ouvraient quand elles n’étaient pas déjà embouties. Du travail ni fait ni à faire ! Elles ne devaient certainement pas coûter grand chose à la fabrication mais suffisamment néanmoins pour que l’organisation de l’opération retarde leur diffusion. Il y avait également des ballons à gonfler et des porte-clés blancs en forme de cœur avec là encore Trobon écrit en gros dessus.
Mes dernières mésaventures en tant que vendeur m’encourageaient plus à évoluer vers des fonctions de dispensateur de bonheur. Même si en distribuant ces objets je ne faisais en fait que du marketing, voir la surprise et le bonheur jaillir des yeux des enfants valait toutes les ventes de glacières !
Dans la société, les gamins étaient les proies favorites du commerce. J’avais presque envie d’aller chercher un peu de coton. Y’en avait tout un rayon ! Et de l’imbiber d’essence de térébenthine ou de white-spirit pour effacer tous ces logos. Mais je n’avais pas le courage d’arpenter les centaines de mètres carrés de l’hypermarché pour trouver le rayon « bricolage et produits d’entretien ménager ».
Peut-être qu’avec un tord-boyau du genre eau de vie frelatée cela aurait fonctionné aussi bien ?! Le rayon des alcools forts et autres spiritueux faisait partie du champ de mes connaissances dans cet hypermarché. Depuis le début de cette mission je résistais à la tentation de planquer une bouteille quelque part dans un bac. Et une dans le frigo pour affronter le froid. Une bouteille de derrière les barquettes en somme. Tu ne crois pas que ça ferait désorde de distribuer des présents aux enfants avec une haleine de phoque, me souffla ma conscience professionnelle.
Elle avait raison. Le jeu n’en valait pas la chandelle. Des enfants qui n’avaient pas encore appris ou commençaient tout juste à apprendre les rudiments de la lecture serviraient idéalement de compromis entre mes deux envies. Trobon. Pingouin. Pour eux, c’était encore kif kif bourricot ! La seule chose qui comptait pour eux c’était le jouet en lui-même.
Seulement une quinzaine de camionnettes gisaient dans la glacière parmi les ballons et les porte-clés. C’était bien peu ! Mais que voulaient-ils que je fasse avec cette quantité insignifiante par rapport au nombre d’enfants évoluant près du stand ? Le seizième gamin je lui donnerais quoi ? Un coup de catapulte pour qu’il arrête de geindre parce que sa soeur en aurait eu un et pas lui ?
Tout simplement je désirais jouer les pères noël sans barbe ni chapeau, distribuer sans tenir compte de l’hypothétique achat par les parents d’un des produits de la gamme Trobon. Au lieu de ça je devais déployer des méthodes d’apothicaire et d’avare. Ce n’était pas gagné cette affaire. Fallait la jouer fine. Bien répartir le nombre de cadeaux entre les enfants. Réserver les camions pour ceux dont les mamans prendraient une glacière, le porte-clés à ceux dont les mamans emporteraient trois barquettes et les ballons juste pour les enfants qui passeraient. Le ballon. Sacré arme marketing qui intéressait toujours un gamin quelle que soit la marque inscrite dessus !
La bûche Trobon n’était pas au programme des réjouissances en cette fin de mois de juin, remplacée qu’elle était par des viennettas praliné, chocolat, vanille et caramel. L’explication se trouvait-elle dans la saison estivale sensiblement éloigné de Noël ?! L’opération « j’aime Trobon » concernait avant tout les parents. Sabrina s’en occupait tandis que moi, en faction à côté du chariot, un œil sur les bacs, je guettais à présent le bambin. Accompagné de sa maman. Ou de son papa. Ou des deux. Sagement installé dans la banquette du caddie. Dans une poussette. Je m’amusais pendant le boulot. Parce que cela faisait partie de mon boulot.
Mon ventre réclamait ! Il gargouillait. L’angoisse de vide qui faisait son petit bonhomme de chemin dans mon estomac. Vanessa et Stéphane n’étaient toujours pas là.
- Quelle heure as-tu Sabrina ?
- Quatorze heures dix.
- Bon ils ne devraient plus tarder à arriver maintenant ! Tu sais combien de temps ça dure un match de football déjà ?
- Euh, attends, ouais je savais ça, pendant le mondial à Paris, mais j’ai un peu oublié, en tout cas je crois que ça dépasse largement l’heure du repas.
La torture qu’on m’infligeait ! En hypoglycémie, la fringale dans un état avancée et pour comble, entouré de tout ce qu’il fallait pour la faire se dissiper. Horrible ! A en tomber dans le coma. Je me sentais faible. Tremblant. Mon système immunitaire en perdition. Dans une arène en proie aux lions. Et en plus il fallait que je me coltine des excursions aux pays des soviets. M’est avis que finalement, lorsqu’ils reviendraient mon corps serait congelé au dessus d’une des palettes de steacks hachés qui partageaient le frigo Trobon. Pour ne pas y penser ou le moins possible, je distribuais tous azimuts.
- Tiens gamin, regarde ce que j’ai pour toi, vroum vroum, un joli petit camion jaune que j’en suis sûr, t’en as jamais vu des comme ça ! Et alors toi, tu veux un ballon, dis, ça te ferais plaisir d’avoir un ballon rien que pour toi, allez regarde, j’en ai un rouge, un rose, un jaune et un blanc, de quelle couleur tu le veux ton ballon ?
Sabrina rappliqua.
- Hey, moi aussi je veux donner des jouets aux enfants, c’est où que tu les as trouvés ?
- Regarde dans une des glacières marquée régie.
- Ah, ouais, cool, enfin un truc nouveau à faire.
- Prends en priorité les ballons et les porte-clés, je me charge des camions.
On avait droit à des “merci beaucoup” de la part des parents, à des regards timides de ceux qui n’osaient pas prendre ce qu’on leur tendait. Parfois à des bisous spontanés ou d’autres, initiés par les parents.
Et puis Stéphane arriva en compagnie de Vanessa. Jean-Paul était reparti sur Montesson.
Je leur dis à tous.
- bon ben je crois que c’est mon tour d’aller manger, alors à tout à l’heure !
Et puis illico presto, mes jambes gardèrent un rythme régulier jusqu’à la voiture direction la maison. |
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