| Propriété privée | |||||||||||||
Rendez-vous compte, j’arrive devant l’immeuble, je sors sortir de la voiture, laissant le moteur tourner, je me munis de la clef pour ouvrir difficillement le portail, je me gare à mon emplacement, je retourne fermer le portail au péril de ma vie, c'est bien connu, les voyous et les animaux sauvages pullulent dans ce quartier de la ville, ensuite, je retourne à ma voiture, je la ferme à clef, deux précautions valent mieux qu’une, et je me dirige vers l’entrée de l’immeuble, je sors à nouveau mes clefs et ouvre la porte d’entrée, toujours avec mes clefs, j’ouvre ma boite aux lettres, puis je marche dans le couloir, allume la lumière, monte les deux étages, utilise à nouveau mes clefs pour arriver chez moi où je m’enferme à double tours. Bien à l’abri dans ma tour d’ivoire je devrais me sentir au calme, tranquille, en sécurité. De mon balcon j’ai vue sur ma voiture, garée, fermée, qui passe inaperçue dans ce champ de carrosseries métalliques qu’est le parking. Pourtant, parfois, je me demande s’il ne faudrait pas ajouter quelques caméras de surveillance, un portail automatique à télécommande et deux ou trois maîtres chiens patrouillant dans le périmètre de l’immeuble. Il est vrai que la nuit il m’arrive de me réveiller en sursaut, là, je me précipite sur le balcon et de constater que ma voiture est toujours à sa place, j’en suis bon pour me rendormir avec difficulté. Parfois je me prends à rêver que l’immeuble soit entouré de fils de fer barbelés à l’instar des bâtiments militaires. Qu’aucune personne étrangère ne puisse atteindre l’interphone, voilà vers quoi doit tendre l’assemblée de la copropriété lors de la prochaine réunion.
Chaque fois que j’ouvre ma boite aux lettres, qui se trouve dans l’immeuble, après le portail qui doit être tout le temps fermé et après la porte d’entrée qui ne fonctionne qu’avec une clef, et que je découvre les dizaines de publicité, je m’interroge et puis ça me fait frissonner dans le dos, mieux qu’une chair de poule…Comment font donc tous les colporteurs pour atteindre ma si précieuse et personnelle boite aux lettres ? Bientôt, je vous le dis, nous allons mettre en place un système de laissez-passer, une barrière et deux gardes armés. C’est vrai que ma sécurité au quotidien me coûte très cher, et en plus, je n’en profite pas puisque je suis toujours sur le qui-vive, terroriser au moindre bruit, à la moindre stimulation inattendue. Pour me rassurer un peu, je me dis qu’il ne devrait y avoir que le facteur traditionnel, employé de la poste, qui puisse atteindre ma boite aux lettres et qu’il prenne bien soin d’y glisser que les lettres essentielles en omettant tout le superflu qui part toujours systématiquement à la poubelle. Ça rendrait un peu de douceur à ma vie remplie de hantise. J’ai peur. Je tremble. Je tétanise comme un malade. Je ne bouge plus. J’angoisse de perdre mon trousseau de clefs. |
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