|
|
|
Ouais, c'est vrai que l'on était pas mal déchainé. L’euphorie des sports d'hiver après tout. La jeunesse pour nous avec tout ce que cela peut représenter aux yeux du quiddam. Quoique, à regarder les performances dont étaient capables les jeunes de vingt ans on commençait à se dire qu’à l’approche de la trentaine la jeunesse faisait déjà partie du passée, du moins la physique. Quelque chose nous disait que quand on aurait atteint la quarantaine on tiendrait les mêmes propos pour les trentenaires, enfin bref.
On squattait dans un studio à Les Carroz, une petite station sans prétention qui disposait d’un domaine skiable largement suffisant pour les skieurs du dimanche que nous étions. Jusqu'à 6 h sur les pistes de ski lorsque nous étions vraiment en forme nous passions le reste de notre temps à l'appart, à se déteriorer la santé avec ce que nous avions sous la main, pas mal de picole et quelques produits prohibés fortement déconseillés. Du dégénéré. Y'avait pas d'autre façon pour définir notre comportement. Et dire qu'à la base les vacances aux sports d'hiver étaient censées être des vacances sportives. Evidemment qu'elles l'avaient été ! Vous croyez que de se farcir minimum huit heures d'apéro après une journée de ski c'était pas du sport ? Nous, si !
Non, de tout notre séjour, à aucun moment on n’avait cherché à ralentir la cadence. Il fallait produire toujours plus. L'habitude et la motivation envers cette technique de production nous permît d'atteindre des résultats très satisfaisants sur la détérioration neuronale, bien au-delà de nos espérances.
Parfois, Il nous arrivait de délaisser notre huis clos de 20 m² pour se faire un petit bain de foule dans ce qu’il était autorisé d’appeler le centre ville de Les Carroz. Ainsi, nous refermions les bouteilles, les laissant néanmoins sur la table afin de gagner du temps à notre retour, nous chaussions nos pompes, un blouson et hop, on allait s’aérer comme on s’amusait à le dire. Tu parles que l’on prenait l’air, le studio était approximativement à trois minutes du premier pub. Juste le temps pour nos cœur de se rappeler à quoi ressemblait l’air frais qu’on baignait à nouveau dans une ambiance enfumée avec des pintes sans faux cols à la main. Je vous jure, ça valait vraiment la peine d’avoir fait le voyage. La montagne, ça vous gagne ! ouais et bien dans notre cas, y’avait pas que la montagne qui nous gagnait. On n’était pourtant pas en Himalaya, sur les pentes des sommets qui frôlent les 8000 mètres d’altitude à reluquer le massif des Annapurna, non on stagnait aux alentours de 1800 mètres avec néanmoins la même sensation de diminution d’oxygène dans l’atmosphère. Comment Nous avons fait pour trouver les forces nécessaires pour aller skier tous les jours ?! Mystère.
Le séjour prenait fin et sur le chemin du retour nous allions déposer Alexandre en Suisse, à Montreux. Une convention pour la société Nestlé. Alexandre devait y être le dimanche matin à 7 h 30.
Le samedi après-midi, après avoir rendu nos matériels de ski en location nous sommes rentrés à l’appart, un peu claqués, il fallait bien l’avouer, par nos déconnades. Il n’était que 17 heures, avachis sur la table, on consulta la carte avec ce qui nous restait de sérieux et de lucidité. Elle plaçait Les Carroz à grosso modo 200 kilomètres de Montreux. Deux solutions s’offraient à nous pour déposer le colis à bon port en temps et en heure. Soit on partait le soir même. Soit on décanillait aux aurores en prenant bien soin de ne réveiller aucunes poules.
La perspective de rallier Montreux le dimanche matin n'enchantait personne. Les routes encore plongées dans la nuit et potentiellement plus verglasées qu’en fin d’après-midi ne nous enthousiasmaient pas. Tout comme le réveil inhabituel vers quatre heures auquel il aurait fallu s’astreindre. Aussi, rapidement, autour d’un soda rafraîchissant, la décision fût prise de mettre les voiles sans plus attendre histoire d’arriver sur Montreux pour l’heure du repas. Alexandre nous ayant dit qu’il nous payerait le resto à notre arrivée, il n’y avait plus une seconde à perdre ! Et comme il avait une réservation dans un hotel, on faisait déjà des plans sur la comête quant à l’éventualité de profiter de la piaule avant de poursuivre notre remontée sur Paris.
L'attrait d'une chambre et d'un plumard avec vue sur le Lac Léman commençait à faire son chemin dans nos esprits, l’heure tournait et si nous voulions arriver à l’heure pour se mettre les pieds sous une table il fallait arrêter de refléchir et agir. Un nouveau coup d'oeil sur la carte et la décision fut prise de contourner le lac par le nord. C'était que de l'autoroute. Personne ne voulait s’emmerder sur les routes de montagne à la nuit tombante.
Allez, hop, à la montre de la voiture il était presque 18 heures lorsque nous quittâmes Lez Carroz. Nous allions faire un coucou à nos amis les suisses. Nous réalisions au passage que la Suisse ne faisait pas partie de la CEE et qu’il allait nous falloir franchir la douane et montrer patte blanche. On pouvait bien s’octroyer une pause dans notre consommation effrénée de stupéfiants, nos jauges de THC au maximum de leur capacité, une petite période de sevrage ne pourrait que nous faire du bien. C’est un peu comme avec la vitamine C, le surplus est tout de suite évacué par l’organisme alors à quoi bon…
Durant la descente dans la vallée qui nous amenait à La Cluses, au frein moteur dans les lacets, des furieux de la pédale des freins nous dépassait. Ils nous laissait parfois presque sur place. C’était peut être nous qui les ébervions avec notre allure de pétrolette ?! On n’était pas plus pressé que ça. Il y avait seulement l'impératif d'arriver à Montreux avant que tous les restaurants ne soient fermés, point barre. Sûrement des gars du coin qui connaissaient chaque millimètre d’asphalte, chaque déformation. Sûrement des gars du cru qui se rendaient pas compte qu’ils filaient la frousse aux touristes que nous étions. Dans le sud est méditerranéen on les appelait des fadas. Vu de Paris on était dans le sud mais encore trop au nord pour leur donner ce sobriquet. Des cinglés, des afficionados des courses de rallyes diffusées à la télévision, des férus des dernières nouveautés en jeu de bagnoles sur les consoles. Et les mecs, on vous a déjà dit que de chaque côté de la route y’a des précipices que même avec les barres de renforts latérales dernières générations et les x coussins gonflables au parfum ennivrant ( x appartenant à l’ensemble des réels entiers) vous avez de fortes chances de passer l’arme à gauche ? Bref, on arriva dans la vallée sains et saufs, et, après avoir chercher une station essence bon marché on embraillait sur l'autoroute direction Genève, la frontière.
Juste avant d’y parvenir, y'avait des grands panneaux qui nous annonçaient un truc obligatoire à posséder pour rouler sur les autoroutes suisses. D’accord, mais où est-ce qu’il fallait se le procurer le fameux bazar ? En s’arrêtant sur la bande d’arrêt d’urgence avec les feux de détresse, et en faisant des grands signes aux voitures qui passeraient pour signifer, vite, aidez-nous s’il vous plaît, on a besoin de la chose indispensable pour utiliser les autoroutes suisses…pour nous, ces panneaux, c’étaient du charabia, on passait devant trop vite pour bien comprendre, on allait certainement pas faire marche arrière à chaque fois qu’on n’arrivait pas à lire en détail ce qu’il y avait inscrit dessus. On n’est pas du coin, voilà l’argument qu’on sortirait au premier qui nous chercherait des poux dans la tête.
Nous arrivâmes au pas face à une barrière, on voulait pas se faire remarquer, un douanier sortit d’un cabanon et nous demanda d’un signe de la main très autoritaire de garer la voiture sur le côté. On souria et obtempéra en se disant, merde, on a fait une connerie ou quoi, ça doit être à cause de ce fameux machin que l’on n’a pas, espérons que ce n’est pas trop grave quand même. Le douanier s’approcha de la voiture tandis que j’ouvrais la vitre. Il me demanda de couper le moteur. Le bourdonnement du diesel s’arrêta. Personne ne mouftait dans la voiture. Les papiers du véhicule, le permis de conduire et bien sur les papiers d'identité de toutes les personnes dans la voiture atterrirent dans ses mains puis il s’éloigna de la voiture pour rejoindre son collègue bien au chaud dans le cabanon, la vérification.
On était les seuls à avoir été stoppés. A côté, les autres voitures, pour quelle raison, après un simple salut de forme aux douaniers, poursuivaient leur trajet. A quatre dans une petite voiture immatriculée en France, peut être que si on avait eu une grosse berline…qui savait ?
Il revînt vers nous, se pencha et nous demanda ce que l’on venait faire en Suisse. Sans trop réfléchir, j’ai dit que nous accompagnions un ami, désignant Alexandre sur le siège passager, jusqu’à Montreux où il devait commencer à travailler demain matin et puis après on retournait en France. Le douanier tiqua. Il fît le tour de la voiture pour atteindre la vitre d’Alexandre. Qu’est-ce que j’avais pas dit. Alexandre ne savait pas trop quoi lui répondre, se grattant la tête, il me regarda d’un air, tu pouvais pas simplement lui dire qu’on allait dépenser nos francs français en Suisse dans une quelconque boite disco à Genève. Il n’avait pas été mis au courant de cette condition pour exercer son activité sur le territoire Helvétique. Le douanier rendit les papiers à chacun mais conserva ceux d’Alexandre. Lorsque le douanier arriva au niveau d’Alexandre il lui précisa que pour les non résidents il fallait justifier d’un permis provisoire, un papier avec une belle signature officielle et les dates de la mission inscrites dessus. Navré, Alexandre n’avait absolument rien à lui montrer de ce goût, il se contenta de détailler le mieux possible l’objet de sa prestation comme quoi il venait pour mettre en place une convention pour une grosse société. Le douanier l’écoutait attentivement. Il n’en restait pas moins sceptique, son travail l’imposait, et nos apparences de zombis tout juste tombés du lit aditionnées à l’aspect extérieur de la voiture, presque un taudis chargé comme une mule ne permettaient pas de le dissuader qu’il y avait peut-être éléphant sous cailloux. Apparemment on ne la lui faisait pas ou plus. Il avait appris à se méfier. Une convention. Monsieur prétend qu’il va participer à une convention pour une grosse société, à Montreux, fin janvier, en basse saison, accompagné par trois hippies ! En lui disant que le coffre était bourré à craquer de lingots d’or dont on voulait se débarrasser le plus vite possible dans la première banque ouverte peut-être que sa suspiçion se serait envolée comme une plume au vent. J’aurai remis le contact et démarré sur les chapeaux de roue sur un tapis rouge, les vitres ouvertes, tous en train d’agiter les bras, tout sourire, la cucaracha interprétée au klaxon, fallait pas rêver !
Mordicus, le douanier réclamait un papier officiel, n’importe lequel à présent, stipulant noir sur blanc que la présence d’Alexandre était requise demain matin en Suisse. Désolé, Alexandre ne savait plus quoi lui répondre alors il proposa de passer un coup de téléphone à son patron. Le douanier, les papiers d’Alexandre encore en mains, préféra retourner au cabanon plutôt que d’utiliser son talkie walkie ? Pour des raisons de confidentialités où simplement parce que ses collègues attendaient patiemment qu’ils viennent prendre son tour dans la partie de brigde en cours ? Ca restera un mystère.
Les boules de ne pas pouvoir passer la frontières on serrait tous les fesses sur les banquettes. Déjà les pires scénarios émergaient de nos imaginations. Alexandre n’allait pas pouvoir nous payer à bouffer sur Montreux. Qu’il devrait prendre le train pour s’y rendre. Que pour nous, Claire, Xavier et moi, l’escapade Helvétique s’arrêtait là, à la douane, alors que nous avions pourtant le feu vert pour y entrer. Pire encore, que nous allions passer le temps qu’il faudrait à cette fichue frontière pour qu’Alexandre obtienne de la part de son patron par fax ce que réclamait les autorités suisses. De tous les scénarios, c’était certainement celui que nous redoutions le plus parce qu’il nous faisait inévitablement atteindre Montreux à un horaire où il serait difficile de trouver encore quelque chose d’ouvert pour ne serait-ce que grignoter.
Et puis le douanier revînt. La partie de bridge était finie et c’était pas à lui de distribuer ? bref, il nous dît que c’était bon, ouf qu’on pensa tous en notre for intérieur, rendît ses papiers à Alexandre, et nous fît signe de nous diriger vers un collègue qui campait près de la barrière.
Rien ne le différençiait de son homologue si ce n’était un appareil en bandoulière d’une conception inconnue qui lui tombait jusqu'aux hanches. Un gros boitier métallique en laiton avec un certain nombre de sorties arrondies vers le bas, le tout accroché à une lanière en cuir. On n’avait encore jamais vu ça si ce n’était dans un épisode inédit et jamais diffusé de Galactica.
Il constata ce qu’il avait à constater. Il nous manquait quelque chose pour qu’il puisse actionner la barrière. A la fenêtre il nous baraguina un truc incompréhensible. Sans vouloir l’énerver on lui demanda de répéter plusieurs fois, en fait jusqu’à ce que l’on comprenne, ce qu’il désirait. Au bout du troisième essai, on réalisa qu’il ne cherchait pas à nous signaler que la pression des pneus était faiblarde ni que le pare brise était franchement dégueulasse, non, il était question de payer quelque chose. Une vignette. La vignette des autoroutes Suisse. On avait l'explication des panneaux. Il nous réclamait 180 francs français. Sur le coup, on était resté un peu sur le cul, on n’avait pas encore fait un seul kilomètre que déjà on se faisait plomber sévère. Sans tergiverser, Alexandre qui voulait quitter cette zone le plus vite possible, prétextant que ces frais étaient entièrement dus à son convoyage, sortît un bifton de 200 et le tendît au douanier. Ce dernier le glissa dans une sacoche et actionna sa machine. Parce qu’en fait il s’agissait tout bêtement d’une machine manuelle à rendre la monnaie portative. Au pays de la carte bancaire les douaniers étaient décidément très mals équipés ! Le douanier appuya sur des boutons, tourna deux ou trois vis et rendît quatre francs cinquante suisse à Alexandre qui fît un peu la tronche. Au moins les lingots étaient toujours bien au chaud emmitouflés dans des couvertures à l’abris des regards pour le plus grand plaisir des essieus arrière de la voiture.
Le douanier colla la vignette sur le côté gauche intérieur du pare brise sans me demander si c’était l’endroit que je préférais et puis il nous a ouvert la barrière. On y était enfin en Suisse ! Maintenant il ne restait que de la ligne droite, difficile de se planter sur cette autoroute, au nord la montagne, au sud le Lac Léman et plein est, notre objectif, Montreux.
Alexandre était dégoûté d’avoir récupéré que quatre francs cinquante suisse sur les deux cent français, juste pour avoir le droit de faire de l’autoroute. Génial. Pour le consoler je lui disais qu’il valait mieux payer cette dime fin janvier que courant décembre. Quoique, si ça se trouvait à partir de fin novembre ils soldaient leur fin de stock de vignettes de l'année en cours, qui savait ? Certainement pas nous avec nos tronches d’ahuris devant une banale machine manuelle à rendre la monnaie portative !
Du bitume restait du bitume quel que soit le lieu où l’on se trouvait certes. Dès les premiers kilomètres sur l’autoroute on remarqua que la DDE Suisse avait une perception bizarre de la signalisation des agglomérations. L’habitude évidente de notre DDE franchouillarde et sa systématique abondance d’informations, en Suisse, ils ne connaissaient pas ! L’absence d’indications concernant le kilomètrage avant d’atteindre les localités nous donna à notre trajet un arrière goût d’autoroute de la désinformation. Une sensation à mi-chemin entre l’avancée et le recul, presque de la stagnation.
Sur tous les panneaux on pouvait lire Vevey et sur certains figuraient Montreux. Un coup d’œil sur l’atlas routier nous indiqua qu’effectivement Vevey se situait avant Montreux. Plus on approchait de Vevey et moins il y avait de panneaux signalant la direction de Montreux. Bien sûr que l’on aurait dû, à juste titre, se dire qu’il fallait poursuivre en avant, suivant la logique hexagonale lorsqu’une direction n’était plus indiquée après que l’on soit passé devant un panneau la matérialisant tout droit. Mais y’avait trop de Vevey partout, à toutes les sauces, à croire que Vevey était la Rome Suisse, et plus un seul Montreux, pourtant supposé être le bled d’après selon le carte, alors on a un peu paniqué et à l’unanimité on est sorti de l’autoroute à Vevey centre ville, nous disant qu’on rencontrerait à nouveau des panneaux direction Montreux. Que dalle !
Une courte pause afin de consulter la carte nous fît presque halluciner. Vevey et Montreux semblaient se toucher, encore fallait-il prendre en considération l’échelle de cette dernière. Du 1/1000000, soit un kilomètre sur la carte pour dix kilomètres dans la réalité. On avait notre explication.
Plutôt que de chercher une solution pour récupérer l’autoroute chèrement méritée on décida de traverser Vevey. Les feux de signalisations de l’autre côté du carrefour, un enfer, nécessitèrent une période d’acclimatation sous forme de plusieurs grillés. Tout ou presque était fermé, il était presque vingt heures, Vevey indiquait à hue et à dia n’était en fait qu’un patelin que l’on traversa en à peine trois minutes en prenant bien soin de suivre la direction de Montreux par la route côtière. Au nord, à flanc de montagne on pouvait distinguer tous les éclairages des maisons comme autant de trous de marmottes avec vue sur le Lac Léman qui à cette heure, au sud, ne représentait qu’une large étendue plate et sombre. Sûr que la route côtière devait être plus bucolique en pleine journée mais on n’avait pas décidé ! Quelques petits virages, deux ou trois cinglés inconscients au volant de bolides surbaissés de manufacture curieuse et ça y était, nous entrions à Montreux.
A cette période de l’année on n’eut aucune difficulté à trouver une place de stationnement près de l’hotel plus près de la galaxie que du deux étoiles. Seulement vingt heures trente, un samedi soir et pas un chat dans les rues. Venir en pleine hiver dans une station balnéaire fallait pas s’étonner. Qu’on vienne pas nous dire qu’ils travaillaient tous de bonne heure le dimanche matin à l’instar d’Alexandre, non, les Suisses étaient tous sur les pistes enneigées. On n’allait pas leur jeter la pierre sur cet accueil plutôt austère puisque l’on en revenait.
Le trajet avait duré presque trois heures. Un semblant d’apéro sobre sur le pouce avant de quitter Les Carroz, quelques gateaux afin d’améliorer la collection de miettes sur les tapis de sol de la voiture sur la route, soulagés, fatigués, les premiers pas sur le bitume montreusien fîrent réagir nos estomacs.
Frappant ses mains l’une dans l’autre Alexandre le premier manifesta son envie de passer aux choses sérieuses, la grosse artillerie alimentaire, bon alors les gars, qu’est-ce qu’on fait, on y va où on attend que tout soit fermé ? C’est pas grave, dans le pire des cas on se fera un petit service dans la chambre, enchaîna malicieusement Xavier. Ah ouais, ce programme me plaît bien, avec le mini bar à volonté que j’ajoutai. Eho, mollo, les gars, j’ai dit que j’invitais au restaurant, alors on va au restaurant, on est pas venu pour mettre le souk dans ma piaule rétorqua Alexandre. Bon alors on commence au restaurant et puis on poursuivra dans la chambre rigola Claire. Il en est hors de question, maugréa amicalement Alexandre, je vous rappelle quand même au cas ou vous l’auriez oublié que demain, à partir de sept heures du mat, je bosse…
Pas de plan de la ville sur nous, l’office de tourisme fermé, personne dans les rues à qui demander une adresse, un restaurant, un lieu propice à la masquation des molaires. au flaire on débuta notre recherche par la croisette, large, permettant presque l’atterrissage de petits zingues par endroit, surdimensionnée pour nos quatre carcasses, en pleine été ça devait grouiller partout d’animations mais en pleine hiver c’était loin de jazzer dans tous les coins, Cabourg sans la montagne.
Près de l’Hotel à part quelques sandwicheries, une discothèque je sais pas trop quoi et un truc qui ressemblait à un casino c’était pas follichon. On décida de piquer vers l’intérieur de la ville en empruntant des ruelles piétonnes en escaliers. A chaque coin de rue on espérait, on se disait, allez, va y avoir quelque chose, cette fois c’est sûr, ça ne peut pas en être autrement, et systématiquement que des deventures de magasins, bien sûr fermés, qui ne nous intéressaient pas quoi qu’il en soit.
C’était Alexandre qui ouvrait la marche. On suivait, il nous invitait et voulait quelque chose de pitoresque. L’heure avançait. Les habitudes de repas des Suisses nous étaient inconnues. A quelle heure n’aurions-nous plus aucune chance d’être accepté dans un restaurant ? Ca nous traquassait un peu comme on marchait. Un panneau, vieille ville, attira notre attention. Suivant notre logique hexagonale, et ce en dépit des différences remarquées et significatives qui existaient entre les deux pays on se dît que la vieille ville regorgeait forcément de restaurants. Une mine de tables plus accueillantes les unes que les autres à nous en donner le tournis. Fallait grimper, s’éloigner des rives du Lac, de la relative animation qui régnait dans ce Montreux au ralenti. On ne savait pas trop où elle se situait cette vieille ville mais on armorçait visiblement une ascençion qui ne laissait préssager rien de valable à l’arrivée. y’avait aucune voiture qui prenait cette direction, personne qui n’en venait, ça semblait pas être la bonne option de continuer. A une intersection on fît un bilan rapide.
Bon alors qu’est-ce que l’on fait, on continue ou on cherche un peu mieux vers le Lac que je proposai. On fait ce que vous voulez mais on le fait vite fait parce que je commence à bien me cailler lança Claire. Est-ce que l’on est sûr au moins de trouver quelque chose là-haut s’interrogea Xavier. J’ai les crocs, grogna Alexandre, ma piaule pour une chaise devant une fondue, une tartiflette, un truc locale avec du fromage, un pansement stomacale, vite et durable, au moins jusqu’au petit déjeuner !
Un piéton apparut. Il sembla surpris qu’on lui demande ce que l’on pouvait estimer trouver dans la vieille ville en matière de restauration. Il nous répondit amusé que ça ne valait pas la peine de poursuivre plus avant, qu’il y avait rien si ce n’était des vieilles pierres et qu’il valait mieux chercher du côté du Lac, sur la croisette.
Ouais, de la pierre, c’est pas vraiment ce que l’on cherche pour le moment, dit Alexandre au passant en guise de remerciement. On cherche plutôt à écouler notre caillasse dans un endroit au chaud que je lançai. Bon alors quoi ? frissonna Claire. Ben on rebrousse chemin, y’a bien un truc quelque part qu’on a pas encore vu, loupé, qu’est-ce que j’en sais, répondit Alexandre.
Montreux hors saison ressemble étrangement à Cabourg et n’a rien à envier à Limoges.
Le lac était en vue. Retour quasiment au point de départ. Sur notre droite on apercevait les néons du casino, l’ouverture entre les façades de la ruelle qu’on avait prise. Près du marché couvert, sur la croisette, à présent, les lumières de plusieurs enseignes s’offraient à nos regards.
On s’approcha du premier, un restaurant mexicain qui ne pratiquait pas des prix de saison. A côté, en enfilade, une pizzeria qui malgré le charme apparent des serveuses ne nous emballa pas plus que ça, elle faisait trop cafétaria à notre goût. Et pour terminer un restaurant rapide sans aucun intérêt. La décision finale revenait à Alexandre alors grelottant on attendait que Monsieur daigne rendre son verdict.
Ne me regardez pas comme ça, on ne se fera pas un petit cheese burger pour ensuite filer vider le mini bar de la piaule, j’ai déjà dit non il me semble. De la restauration rapide je peux en faire n’importe où, même devant les Pyramides de Giseth, alors pensez, devant l’ombre du Lac Léman ! La pizzeria ne branche personne, alors soit, le mexicain, après tout un mexicain en hiver à Montreux, ça c’est du dépaysement !
Un dernier coup d’œil sur la carte. Tout y était inscrit en mexicain, on y comprenait évidemment pas grand chose. Déjà qu’avec les prix en francs suisses la gymnastique cérébrale était rouillée maintenant c’étaçit vraiment le ponpon, la cerise sur le gateau. On ne savait ni ce que l’on allait déguster ni le prix que cela allait nous couter, des seigneurs en somme.
A l’intérieur un jeune homme typé mexicain du genre bodybuilder, le bon mètre soixante quinze, très attentionné par son apparence physique nous acceuillit. La musculation mène à tout. Qu’est ce qu’il était mignon avec son pantalon à pinces bleu foncé de bonne facture et sa chemise fuschia Lacoste. Il fallait venir à Montreux pour voir ça. Il nous demanda, vous avez réservé ? En nous introduisant dans le restaurant cett question nous avait un peu échappé. Je ne sais pas pourquoi il nous la posa. Nous étions quatre. Il est vrai que la plupart des tables étaient occupées. Nous lui répondimes, et bien non on vient comme ça, à l’improviste. Le serveur fît mine d’être gêné, laissant penser que cela n’allait pas être possible. Une habitude chez lui certainement. Un jeu qu’il aime entretenir avec les clients inconnus sans doute. Bref. Il ne nous fît pas mariner longtemps. Lorsqu’il s’aperçut que cela ne nous dérangeait pas plus que ça d’aller nous rassasier ailleurs et nous proposa avec sa voix éféminée dont il est le seul à avoir le secret de nous installer. Comme par magie une table de quatre personne était libre. Fallait pas nous le faire le coup du scénario des chanceux qui parce qu’ils ont le cul bordé de nouilles vont dépenser à tout va pour fêter l’événement !! Après les remerciements de circonstance on s’est installé. On est pas mal ici finalement. On est certainment mieux que dans cette pizzeria qui faisait plus usine qu’autre chose. C’est peu de le dire. Ouais je ne m’attendais pas trop à aterrir dans un mexicain en partant de Les Carroz mais pourquoi pas après tout !!
Original comme mexicain à première vue. Je ne sais pas depuis combien de temps il avait pignon sur rue. Imaginez un ancien bistrot des années trentes reconverti en restaurant à faritas et autres tacos et marguaritas. Le style bien propre à ces années, les caractères d’écriture, les couleur, tout était intact. Les nouveaux propriétaires avaient simplement composé avec en y ajoutant des petites touches mexicaines par-ci par-là. Ainsi les méandres sinueux et galbés, à l’instar des bouches de métro parisiennes, avoisinnées des chapeaux, des pagnes colorés et des cactus en plastique. Agrémenté d’une ambiance sonore ad hoc le lieu arrivait à devenir agréable même si le dépaysement manquait. On avait pas besoin de tout ce chi chi pour être dépaysé. On allait manger mexicain à Montreux dans un décor dix neuf cent trente.
Bien que plein on ne pouvait pas dire que c’était la folle ambiance. Pourtant dans un coin un groupe de filles et de garçons fêtait un anniversaire. Ils étaient une bonne vingtaine au alentour de la majorité. L’occasion pour de réviser notre jugement sur le charme des suissesses. Elles n’ont rien à envier à leur rivales françaises. L’avis était partagé par claire pour ce qui était des suisses. Normalement un vingtaine de personnes autour d’une table ça se fait entendre. Et bien ici pas vraiment. Ils étaient sages. C’est peut être pour ça qu’on les appelle les suisses. Ils sont moux et pas vraiment drôles. A force de ne penser qu’à l’argent on devient apathique. Quelle horreur !!! A y regarder de plus près les cadavres de bouteille d’eau minérale battaient à plat de couture ceux de pinard. Chacun ces plaisirs, on allait pas passer le repas à les reluquer comme des animaux. Il nous fallait décrypter les plats de la carte. On fît appelle à notre ami que j’appelllerai Ernesto pour la commidité du récit. Récession, congès maladie ou simple avarice, le personnel de service ne se bousculait pas au portillon. Y’avait Ernesto, son patron, appelons le Roberto et puis ce qui devait être sa femme, Juliana. Roberto campaçit derrière le comptoir. Il y était peut être soudé ?! il ne voulait pas décrocher d’à côté du tiroir caisse. Son rôle mis à part l’encaissement des clients consistait à jouer l’intermédiaire entre Juliana et Ernesto pour la diffusion des plats dans la salle. Véritable chef d’orchestre du restaurant il était à l’affût des demandes et il ne manquait pas de montrer du doigt à Ernesto l’endroit où devait arriver l’assiette qu’il lui mettait dans la main. Pauvre Ernesto au lieu de faire du service dans un restaurant il était relégué à celui de girouette. Heureusement qu’il était armé de superbes muscles pour assurer sa fonction car dans le cas inverse je ne sais pas comment il s’en sortirait. Il semblait souffrir parfois de quelques défaillances motrices. Sa façon de se mouvoir se rapprochait plus de la robotique que d’un manièrisme calculé. Ernesto ressemblait grosso modo à une tata qui flanche un peu au niveau du boitier de commande neuronal. Le pauvre, c’était pas de faute. Acculé par les commandes et le service des plats il nous laissa mijoter le temsp d’une clope et demi avant de venir s’occuper de nous. Alleluïa !! Non content d’être presque en hypoglycémie on se rapprochait dangereusement de la déshydratation. Il arriva. Vous désirez prendre un apéritif nous demanda t il avec son accent d’amérique latine. Il fallait pas réfléchir trop longtemps. En surfeur expérimenté fallait prendre la vague au bon moment. Oui bien sur que l’on veut un apéro. On sentait l’impatience d’Ernesto quant à notre choix de boisson. La bienséance lui empêchait de nous dire ouvertement de nous magner mais cela transpirer sur son visage. A tel point que plutôt que de lui dire que je voulais une Corona j’avais envie de lui conseiller d’aller faire un peut de yoga ou tout autre exercice de détendre et de relaxation.
Quelle idée on avait eu aussi de venir le soir d’un anniversaire. Une table de vingt personnes même si l’on ne peut pas effectuer le service en une seule fois, on se doit d’éviter autant que possible de faire trop de goute à goute avec les plats afin que le premier servi ne termine avant que le denier ne le soit. Il faut instaurer des priorités. Nous n’avions pas encore commandé nous étions donc hors priorité. Fallait pas être devin pour s’en rendre compte. Et même si ça se voyait on avait le droit de râler en montrant un peu notre impatience. Mais bon c’était les vacances et avec notre look qui ne respirait pas vraiment le compte en banque bien garni c’était évident que dans le pays du fric nous ne serions pas servi comme les nababs peuvent l’être.
De tout façon est ce que l’on avait envie de passer pour les rois du petrôle ?! On voulait uniquement se restaurer avant de se reposer de notre semaine infernale aux sports d’hiver. Je ne me souviens plus très bien si mon ventre réclamait avec impatience d’être comblé mais je sais surtout que notre entrée dans le restaurant fût accompagnée de quelques baïllement. On en était seulement à l’apéro et déjà il n’y avait plus un seul espace de disponible sur la table. Celle-ci était sans dessus dessous. Entre les paquets de cigarettes, de feuilles, de tabac à rouler, les verres, les cendriers, les couverts, les serviettes, les petites gnognottes à grignotter et les bougies décoratives, c’est tout juste si on pouvait occuper avec nos coudes les quelques centimètres carrés avec nos coudes pour apaiser notre fatigue.
Lorsqu’Ernesto nous apporta les cartes nous les prîmes directement en main. Nous ne voulions pas nous éterniser outre mesure. Même si la musique et le décor atypique de ce restaurant était plutôt plaisant il nous tardait d’aller nous reposer. Nous étions levés depuis 8 heures du matin, la journée à skier et environ deux heures trentes de voyage en voiture, nous voulions mettre un terme à ce samedi de fous, les yeux fermés, allongés dans un lit douillet. Le choix des plats nous permît de nous rendre compte des lacunes de notre espagnol. Et Ernesto essaya tant bien que mal de nous donner une petite leçon de prononciation…Il fallut qu’il nous traduise le contenu des plats après que nous lui ayons montrer à quel point notre niveau était déséspéré. Oh muy bien ! Claro ! Pienso que voy a prender…Et j’en passe. Peut être que si le restaurant avait été moins plein Ernesto aurait passé plus de temps à nous remettre en mémoire nos cours d’espagnol du collège. Il devait prendre les commandes. Son travail se résumait à ça !! la pression des autres clients le tiraillait. Il nous abandonna à notre sort avec les sommaires explications qu’il venait de nous délivrer. On venait de rater l’occasion de commander tout de suite nos plats. Bah, une clope nous ferait attendre come d’habitude. Et puis il y avait tellement de personnes à observer qu’on ne pouvait pas dire que l’on s’ennuyait.
Le temps pour nous de faire un petit bilan de cette semaine aux sport d’hiver et de se dire qu’il fallait que l’on renouvelle l’opération dans d’autres circonstances, avec plus de monde afin de pouvoir louer une maison plutôt qu’un studio et Ernesto se représenta à notre table, alors est ce que vous avez choissi ?! Apparemment oui, maintenant qu’on l’avait sous la main, il ne repartirait qu’avec nos commandes. Ouf, ça y était, on allait bientôt se régaler.
En effet lorsque les plats arrivèrent l’eau à la bouche ne se fît pas vraiment attendre. On avait tous pris des trucs différents. La table était envahie de multiples saveurs. Seule Claire n’était pas encore servie. Xavier, Alexandre et moi nous étions satisfaits de nos choix, et par soucis de manger chaud nous attaquâmes dans le vif du sujet. Et puis Ernesto apporta en s’excusant pour le délai le plat de Claire qui le regarda, masi c’est pas ce que j’avais commandé. Nous trois, la bouche pleine et un peu interloqués, qu’est ce que tu avais pris ?! Un plat avec un nom à dormir dehors qui ne correspondait pas à ce qu’elle avait sous les yeux. Dans son assiette, une ratatouille basique avec un morceau d’escalope de volaille. Ernesto apporta la carte pour que l’on vérifie les dires de Claire. Nous savions pertinnement que Claire ne jouait pas une espèce de comédie. D’après Ernesto, le plat que désirait Claire n’était pas disponible et en cuisine il avait pris l’initiative sans en avertir de le changer par un autre. C’était un peu fort de café !! on avait déjà une impression négative sur le lieu dès notre entrée. Seule la flemme de poursuivre nos recherches d’un endroit pour nous restaurer nous avait motivé à passer le seuil de la porte d’entrée. Si en plus le personnel commençait à prendre ses aises quant à nos commande !!! Ou est-ce qu’on était ?! On demanda à Ernesto s’il était possible de changer le plat avec un autre. Il le prit et revint avec cinq minutes plus tard en nous disant que ce n’était pas possible. Claire avait presque les larmes aux yeux. Notre repas qui devait être une fête était en train de sombrer dans le mélo-drame. Je commençais vraiment à en avoir plus que ras-le-bol de la Suisse. Il fallait se résigner alors que normalement le client est censé être « roi ». j’avais envie de gueuler tout haut ce que tout le monde pensait tout bas mais on m’en dissuada. Xavier réussit à négocier les marguarita offerte à la fin du repas. L’incident était clos. Claire était forcée de garder l’assiette qu’on lui avait apportée. Je restais néanmoins un peu remonté. Nos plats terminés la petite clope de digestion s’imposait. Mais mince ou avais-je bien pu mettre mon paquet de cigarette. Je regardais partout. Dans les poches de mon sweat shirt, sur la table, par terre, il était nul part. Je devenais fou. Il avait pas pu s’évaporer dans la nature comme ça tout de même !! c’est alors que l’on me soumit l’idée qu’Ernesto l’avait peut être embarqué en débarassant les cendriers pleins et les assiettes vides ?! Quitte à passer pour un cinglé je voulais en avoir le cœur net. Et puis il ne me restait plus que cette éventualité dans le choix des possibles. Je me suis levé. Je suis arrivé au niveau du comptoir et avant même que je ne demande quoi que ce soit je l’aperçue sur le plan de travail juxtant le comptoir. Il était tout chiffonné. Au nom de dieu, j’ai vu rouge. Ernesto s’est approché de moi. J’avais mon paquet de cigarette en main et inspectant l’intérieur je constatais que la plupart des cigarettes à l’intérieur étaient fendues. Je peux savoir ce que fais mon paquet de cigarette ici s’il vous plaît, demandais-je énervé à Ernesto. Il aurait du faire attention à ce qu’il allait dire parce que lorsqu’il me répondit, je ne sais pas, j’essayais de garder mon calme devant se faux jeton incapable d’assumer ses actes. J’en avais ma claque. Et même s’il ne s’agissait que d’un demi paquet d’une valeur de 10 balles, c’était pour le principe. En débarassant il l’avait pris en main pas inadvertance, soit je pouvais le concevoir. Mais lorsque je l’ai découvert sur le comptoir, Ernesto connaissait la vérité sur ce paquet : il n’était pas vide comme il l’avait supposé. Il aurait pu venir le rapporter sur la table en s’excusant. Non apparemment il avait décidé de le jouer profil bas, sans faire d’autre vague, que celle du plat. On serait parti à la fin du repas en direction du commisariat le plus proche pour y faire une déclaration de vol de paquet de cigarettes surnaturel. Grosso modo cela montrait qu’il nous prenait pour des demeurés tout juste bon à aligner des billets sur présentation d’un note, point barre. Montrant les cigarettes fendues à Ernesto, et dramatisant la situation je lui demandais, Et qu’est ce que je fais avec ça moi maintenant ?! Et Ernesto malgré son gabaris de body-builder était tout paniqué comme une fillette. Il me proposa de me donner un nouveau paquet ce que j’accepta. Je retournais m’asseoir, décidé d’activer les choses pour que nous puissons déguerpir de ce restaurant de malheur le plus vite possible. Ernesto arriva à notre table et tout péteux il me tendit le fameux paquet de cigarettes promi. Je le remerçiais sechement. J’en avais fini avec la courtoisie des faux-culs et autres hypocrites qui peuplent cette planète. Pour se faire pardonner il nous offrir le café sans passer par la case marguarita. Il pouvait se la mettre ou je pense leur marguarita. Si un jour je deviens terroriste je crois bien que je ferai mes premières armes sur ce restaurant mexicain miteux de Montreux. Pourquoi on avait pas pris sur nous le guide du routard suisse ? heureusement la soirée n’était pas encore tout à fait terminée. Alors que nous quittions les lieux sans nous retourner je me disais qu’en guise de desert nous aurions peut être le droit à un e cerise en haut du gateau : l’impossibilité de squater dans la chambre d’Alexandre pour la nuit.
Après une courte promenade sur le bord du lac on est arrivé devant cet Eurhotel Riviera vers quelque chose comme minuit, minuit et demi. On était un peu énervé par les multiples incidents qui s’étaient produits dans le restaurant mexicain revisité par des suisses mais cela paraîssait déjà loin. Avec le temps même les mauvais souvenirs deviennent drôle. C’était déjà le cas pour ce qui venait à peine de se produire. Il commençait à se faire tard, Alexandre devait être opérationnel vers 7 h 30 le dimanche matin. La semaine aux sports d’hiver se ressentait un peu malgré toutes les siestes à répétition qu’elle nous avait permis d’effectuer. Alexandre avait sa chambre de réservée quoi qu’il arrive et le but consistait à ce que nous en profitions tous ce soir là. On est pas trop portait sur cette catégorie d’hotel. L’esprit roots et nos porte feuilles de chomeur nous font préférer les Formule 1 lorsqu’il n’y a même pas la possibilité de camper. Enfin bref ! Quatre énergumènes, plutôt fageottés qu’habillés qui se présentant dans le hall d’un hotel alignant au moins les quatres étoiles de rigueur lorsque l’on a les pieds dans le lac Léman un samedi soir vers minuit ! La barbe d’une semaine, propres de la veille, puant la clope et les euphorisants, nos cheveux définissant à merveille l’expression coiffer avec un pétard, grosso modo on donnait l'impression de tout juste tomber du lit. Nos fringues, nos barbes, nos odeurs, nos tronches. Baskets, jeans sales, sandales avec chausettes plus jaunes que blanches, sweat shirts bons marché. Mais qu'est ce qu'ils venaient faire dans le hall de cet hotel ?! c'est surement la question se posa le receptionniste lorsqu'il nous apercut, les quatre ahuris en train de déambuller devant le comptoir. Ce dernier très professionnel garda son flegme lorsqu’il nous vit envahir le hall. Alors que Claire, Xavier et moi faisions du mine que rien – attitude d’attente qui consiste à faire comme si de rien n’était tout en étant très attentif à la situation – Alexandre s’étant dirigé spontanément et prestamment vers le comptoir, angoissant certainement qu’un de nous ne fasse une gourde, il ne nous restait plus qu’à visiter du regard les lieux. L’affaire n’était pas encore dans le sac. Fallait le voir le Alexandre avec son sac à dos militaire. Heureusement qu'on avait eu l'idée de se pointer aussi tard dans l'hotel cela nous evita de faire peur à la clientèle. Bien sur que sur le moment cela ne faisait pas parti de notre plan, on peut simplement dire que ça s’est bien goupillé. Même si à cette période de l'année la jet set préfère les pistes enneigées aux rivages du lac Léman. Bref, on faisait tâche et on s'en foutait pas mal. Tout ce que l'on voulait c'était dormir dans la piaule de Alexandre pour ne pas avoir à se retaper la route jusqu'à Les Carroz en pleine nuit. On était un peu claqué. C'est sympa quand on y pense les hotels de luxe. Ca change du tout au rien avec les formules 1 et autre village hotel. Y'avait des superbes baguouses avec des pierres brillantes de partout en vitrine dans le hall, rien à voir avec les distributeurs de barres chocolatées et cannettes à cinq balles !! Quand tu vois ça tu hallucines un peu. Tu te dis qu'il y a des personnes qui ne doivent pas concevoir de rentrer dans le hall d'un hotel qui ne possèderait pas ce genre d'apparat. Vive la société capitaliste. Vive la Suisse. Vive Montreux et le lac Léman. Le receptionniste posa la question habituelle, je peux vous aider ou un truc de ce style, et Alexandre prit les devant pour être sur que la question s'adresserait à lui. Il n’avait pas à s’inquiéter, on était tous décidé à jouer le jeu jusqu’au bout et je me retenais pour ne pas éclater de rire lorsque je regardais Claire ou Xavier ne sachant pas vraiment ou se placer dans le hall. On déambullait un peu comme on peut le faire lorsque l’on viste un musée : sans faire de bruit, touchant avec les yeux, les bras derrière le dos. Je dois avoir une chambre reservée demanda Alexandre. Je suis monsieur V, Je viens pour la convention Nestlé. Il venait de prononcer le mot magique. Le receptionniste regarda dans le registre; Il y trouva mentionné le nom de Alexandre. Il se tourna un instant, on entendît quelques cling cling et il lui donna la clef de sa chambre. Petit soulagement général, la première étape venait d’être franchie. Alexandre avait maintenant les clés en main. Alexandre demanda alors qu'on le réveille à 7 heures du mat. Nos yeux brillaient, nos visages laissaient plus ou moins apparaître un petit sourire complice. Le réceptionniste n’était pas dupe. Dès le départ on ne l'avait pas pris pour un idiot. Il le savait. Ca se voyait sur son visage. Aussi juste par curiosité et peut être pour voir ce que nous allions lui répondre il nous demanda ce que l'on désirait. La réponse fut simple et rapide. Alors qu’Alexandre se dirigeait déjà vers l'ascenceur, nous lui emboitâmes le pas en signalant au receptionniste qu'on l’accompagnait. Il ne répondit rien. Trop soucieux de ne pas faire éclater un scandale dans le hall sans doute ce qui n’aurait pas était le cas si nous avions rencontré un refus. Peu importe ! nous nous précipitâmes dans l’ascenceur, attendant avec impatience que les portes ne se referment pour laisser échapper quelques fou rires. Nous venions de vaincre symboliquement le cerbère de ce lieu. L'hotel nous appartenait. Nous étions dans la place et nous étions décidait à n'en ressortir qu'après une bonne nuit de sommeil. La chambre était au troisième ou quatrième étage. On sait que Alexandre ce n’est ni Michael Jackson ni Madonna, il venait à Montreux pour bosser sur une convention. On ne s’attendait pas à tomber sur une suite de 300 m² avec plusieurs chambres, un jacuzi et tout ce qui va bien comme déco et commodités. Et on avait eu raison de ne pas se faire tout un film sur cette piaule. Jamais vu une chambre aussi petite. A tout casser elle correspondait à la superficie de deux chambres de formule 1. Par contre le prix devait certainement être bien plus que le double de celles-ci. Une télévision, un plumard double, deux fauteuils et trois conneries sans vraiment grande importance et le traditionnel mini bar. Qu'est ce que l'on a été décu; Nous qui, voulions, pensions, esperions, revions que nous pourrions nous amuser avec tout les sortes de gadgets impensables imaginés pour assouvir le besoin de luxe des personnes fortunés et bien on pouvait se gratter. Quand même dans un hotel aussi prestigieux !! Même la douche ressemblait à n'importe quelle douche. Même pas de système pour faire des bulles ou pour modifier l'aspect du jet du pommeau. Une véritable honte ! Malheureusement il nous était impossible de nous plaindre. On était d'accord pour dire que Alexandre s'était fait un peu avoir avec sa chambre toute miteuse. Il avait récoltait la chambre de bonne du palace. Et on allait squatter avec lui pour une nuit. L’étroitesse du lieu ne nous donnait pas plus envie que ça de faire péter le mini bar remplit à ras bord. Y’en avait pour tout les goût, coca, whisky, jus de fruit, eau minéral, gin, vodka, etc. Pour tout les goût certes mais pour le porte feuille d’un milliardaire. On s’est regardé, qu’est ce que l’on a pu être débutant, on a pas pensé que la soif nous prendrait dès que nous serions dans la chambre. Une simple bouteille de pif aurait certainement contribué à nous faire oublier que nous venions d’aterrir dans un véritable clapier. L’heure tournait. C’était plus la perspective de devoir attaquer le lendemain matin à l’heure des poules son boulot que la réelle fatigue qui motivait Alexandre de se coucher. Claire et Xavier s'installèrent sur le sol, devant le lit, avec pour couverture le dessus de lit et pour oreiller, des sweat shirts. La moquette était tout sauf confortable et en plus elle était pas vraiment chaude. Le sol était presque gelé. Il pourrait faire des efforts dans leur palace quand même. C'est pas parce que les gens qui y descendent n'ont pas l'habitude de dormir sur le sol qu'il faut le laisser à l'abandon merde alors ! j'optais pour le côté droit du plumard. Il était assez mou comme lit, c'est mon dos qui allait apprécier. Alexandre parti prendre une douche. Lorsqu'il revint dans la chambre j'imagine qu'il a du se dire. Je vais pas réussir à dormir avec ces trois machins à côté de moi. C'est vrai qu’Alexandre est d’un tempérament assez pudique mais il me fit plaisir lorsqu'il me dit qu'il allait mettre son plus beau calecon pour dormir à mes côtés. Je faillis ressentir une légère érection poindre son nez à ses paroles. Une petite crise de fou rire s'en suivit. Claire et Xavier matant la télévision et Alexandre et moi dans le plumard en train de chercher le sommeil. Y'avait les chaines francaises à la télé. On tomba sur l'émission de Ardisson. Une des invités était une star du porno. Je remis mes lunettes et Alexandre accepta que l'on monte un peu le son. Au bout d'un moment tout le monde trouva plus ou moins le sommeil. Dans un palace bordant le lac Léman Alexandre s'était récupéré la piaule de bonne côté route. Heureusement qu'il y avait un balcon pour contempler les ondulations qu’engendrait le vent sur sa surface sombre comme une nappe de mazout. Cette foutue route, ou plutôt ces emmerdeurs de suisse qui sortaient des boites de nuit à l'instar d'un leitmotiv me prirent la tête. Ajouté à ça un lit trop mou et une couette d’hiver qui me donnait des vapeurs. J'ai passé une nuit merveilleuse. Un vrai conte de fées. Et je ne fus pas le seul au petit matin à attendre que le téléphone sonne pour prévenir Alexandre que l’heure était venue de se préparer pour aller travailler. Xavier craqua. Il alluma la télévision. Et alors il s'est passé quelque chose que je serais bien incapable d'expliquer. La télé se mit à hurler. Cela arrive lorsque juste avant d’éteindre le téléviseur on monte le son à fond, lorsqu'on la rallume ça gueule. C'est là que je ne pige pas. On avait pourtant pas mit le son à bloc avant de l'éteindre. Bref ! V'la le barroufe que cela mît dans la piaule. Alexandre qui devait certainement être en train de compter tranquillement les derniers moutons de sa nuit se raidit net d'un coup. Un peu comme s'il venait de se prendre un chataigne électrique. Je crois même que l'espace d'une microseconde il ne toucha plus le lit. Un Alexandre prit en flague de lévitation. Il devait être 6 heures 45. Je venais de me taper mon premier fou rire de la journée. Alexandre a du passer une très très mauvaise journée. C'est pas recommandé pour la santé de se faire réveiller au clairon en plein sommeil paradoxal. Toujours est il qu'à 7 heures le téléphone sonna. Nous étions déjà tous debout. Le temps de prendre une petite douche, quelle nullité cette salle de bain alors, et hop accompagné de Claire et Xavier on tracait la route. Tout les deux ils avaient vraiment mal dormi. Le sol trop dur et froid. Je compatissais à leur douleurs en leur disant que de mon côté cela n'avait pas vraiment été l'excatse, loin s’en faut. Le lit était trop mou et la couette trop chaude. Quel dommage que nous étions seulement en transit pour une nuit dans cet hotel, coucheurs clandestins, sinon je pense que nous nous serions empressés de manifester notre mécontentement sur les conditions déplorables de notre chambre. On ne voulait pas déranger plus que ça Alexandre dans ses derniers instants de repos avant la semaine marathon qui l’attendait au pays de la lenteur. Après un salut bourré de complicité, deux trois embrassades et les dernières moqueries de circonstances sur sa chambre de bonne on quittait la chambre.
L'ascenseur s'ouvrit au rez de chaussée. Il devait être à peine 7 h 10 et on se disait que la personne qui tenait la reception dans la nuit ne serait pas la même au petit matin. Manque de bol c'était encore elle. Il cache la misère dans cet hotel, c'est dingue alors. Plutôt que de traverser en ligne droite vers la sortie ce qui nous obligeait à passer à proximité du comptoir, nous fîmes une très belle courbe sur notre droite, profitant de la protection d’un pillier pour laisser échapper un large sourire nerveux lorsque l’on constata qu’il s’agissait effectivement de la même personne. Elle était occupée à donner des recommendations à un subordonné et notre sortie ne posa donc pas plus de problème que notre entrée. Je le vois bien derrière son comptoir en train de s’imaginer comment on avait du s’y prendre pour pioncer à quatre dans cette chambre de bonne. Quand il nous a vu arriver dans la nuit et qu’il a donné la clé à Alexandre, il savait pertinnement que la chambre ne comportait qu’un seul lit. Je suis presque prêt à parier qu’étant donné nos accoutrements il a du se dire qu’on avait profité du plumard tout les quatre, à l’arrache.
Nous venions de passer une nuit à Montreux à l’Eurhotel Riviera, il était maintenant presque 7 h 15, et le jour se levait sur le Lac Léman |