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Mon curriculum ne possédait pas la continuité désirée par la majorité des employeurs. D'enquêteur mystère chargé de surveiller les chauffeurs de bus dans un réseau de communauté d'agglomération, je jouais le magicien pour les yeux ébahis des enfants dans un parc d'animations, pour ensuite me transformer en robot afin de mettre sous pli des milliers de courrier, enchainant par du réapprovisionnement de glaces dans un hypermarché, puis par de la démonstration de téléphones portables dans une boutique...
Aussi, je comprenais toutes les réponses négatives que je recevais suite à mes candidatures lorsque je postulais à un emploi en adéquation avec mon cursus universitaire..
Une amie qui cherchait aussi un travail stable me disait que j'avais déjà de la chance de recevoir une réponse. Je lui répondais qu'elle avait sans doute raison cependant la réponse n'était quand même pas bonne. Elle ne pouvait qu'acquiescer.
Enquêteur ponctuel, je venais de déposer trois cent cinquante questionnaires administrés non sans difficultés. J'étais sur les rotules d'avoir piétiné dans les rues parisiennes pendant dix jours. Dans le train qui me ramenait chez moi je n'avais pas trop le moral.
Le lendemain je n'avais rien de prévu. Le sur-lendemain je donnais un cours de mathématiques de deux heures à un élève de cinquième en grande difficulté.
Je devais aussi penser à rappeler madame Chien d'Anse pour faire son jardin. Si seulement je pouvais trouver un travail stable, sympa et varié. Quelque chose qui me donnerait le sourire au réveil et de l'aplomb pour les soirées.
Mais c'était bien comme les histoires d'amour, ça n'existait qu'au cinéma. Dans la réalité il n'y a pas de scénario, il n'y a pas d'effets spéciaux, tout est jeu de hasard, de rencontres aléatoires et de coïncidences équivoques.
Sans trop vraiment croire à la réincarnation je me demandais parfois dans quelle mesure mes supposées vies antérieures n'étaient pas responsables de ma poisse persistante actuelle ? Comme une punition.
Je me rassurais en réalisant que la vie est encore longue et que beaucoup d'évènements viendraient encore la mouvementer. Pour l'instant je trimais, un esclave des temps modernes.
Un des meilleurs moyens pour trouver du travail était encore le réseau de connaissances. Or, je ne voyais pas trop qui pouvait m’aider dans ma recherche dans le mien. Jusqu’au moment où une amie de ma mère, Dominga, qui faisait partie du bureau administratif de la mairie d’Elancourt m’appela pour me dire qu’elle pouvait m’obtenir un rendez-vous avec la chargée des affaires sociales.
Visiblement cette personne avait besoin de quelqu'un pour l’ouverture imminente d’une cellule de recrutement. C’était peut-être l’occasion de quitter enfin mon désœuvrement mental alimenté par le flot de réponses négatives.
Ni une ni deux j’acceptais.
Je rigolais souvent en pensant à l’ironie du sort de ma recherche professionnel. Je tentais de décrocher un poste en tant que conseiller en insertion, un travail pour aider les autres à en trouver un.
Mettant toutes les chances de mon côté je me rencardai sur le recrutement en piochant dans les fonds de la médiathèque locale. Studieux comme à la veille d’un examen, je faisais bien consciencieusement les exercices à chaque fin de chapitre. Et puis je me dis qu’il serait sûrement bon d’appeler un ami, Lionel, qui travaillait dans le domaine.
L'immersion dans la vie active, la naissance de sa fille, il n'avait plus beaucoup de temps à accorder et c'était le plus simplement du monde que nous nous étions éloignés l'un de l'autre.
Mettant ma fierté de côté je pris le combiné du téléphone et composai son numéro.
-
Salut Lionel, c’est Michel, comment vas tu ?
-
Bien et toi ?
-
Et Bien on fait aller.
-
Qu’est-ce qui me vaut ton coup de fil depuis tout ce temps ?
-
C’est très simple, demain j’ai un entretien d’embauche et je voudrais savoir si tu possèdes de la documentation sur le recrutement et tout ce qui gravite autour de cette thématique.
-
Ouais j’ai quelques trucs, tu passes quand tu veux…
-
Bon et bien j’arrive dans ce cas !
-
Je t’attends !
Autour d’un verre, on parla du bon vieux temps, de l’insouciance des années lycée, de celle un peu plus studieuse de l’université. Il me montra les plans de la maison qu’il était en train de faire construire.
A cursus identique on pouvait dire qu’on n’avait pas eu du tout le même destin. Au moment où je pensais qu’il allait embrayer avec les films de ces dernières vacances il me présenta un classeur vert.
Effectivement lorsque je le pris en main je constatai toute la véracité de ce dernier propos comme il pesait son bon quintal. Après ce cadeau, Lionel me fit passer un test de personnalité et enchaîna :
-
tu sais Michel si le recrutement t’intéresse j’ai peut-être une proposition à te faire.
-
Laquelle ?
-
Et bien avec mon cabinet on vient de gagner le reclassement d’une trentaine de personnes. J’ai besoin de quelqu’un pour assurer la permanence de la cellule d’emploi que je dois mettre sur pieds. Si ça te dit, pourquoi ça ne serait pas toi ?
J'étais un peu gêné. Je ne venais pas pleurnicher sur mon sort pour qu'il me propose un travail. Alors sans trop réfléchir je lui répondis sincèrement.
-
Écoute Lionel, j’ai un entretien demain et en fonction de comment il se passera je te contacte pour te donner ma réponse.
-
Entendu, je te laisse réfléchir. Mais ne tarde pas trop, demain je me rends chez Cartatex pour leur présenter notre société et les services que l’on va mettre en œuvre pour reclasser son personnel.
-
Ça veut dire qu’il faut que je me dépêche de réfléchir ?
-
Tu as tout compris Michel.
-
Au fait, une dernière chose Lionel…
-
Oui ?
-
Cartatex ? C’est pas la boite qui a pour clients les banques et l’état ?
-
Exactement, elle fabrique les puces des cartes de crédits et imprime aussi les devises de bons nombres de pays !
-
C’est du gros poisson.
-
Du énorme, on a intérêt à être à la hauteur… et peut être que tu en feras partie si tu désires te faire exploiter comme il faut.
-
Ouais, faudra voir, pour le moment je poursuis mes investigations sur la mairie d’Elancourt.
Un tuyau percé avec un vice caché
Le lendemain, pistonné, presque la normalité actuelle pour retrouver du travail, je me rendais au fameux entretien. J’étais un peu naze d’avoir bûché une bonne partie de la nuit. Dominga avait insisté pour m’accompagner. Elle tenait à faire les présentations.
Vu mon âge, il y avait un côté malsain qui m’ennuyait, celui des parents qui accompagnaient leur gamin pour le premier jour d’école, mais je ne pouvais le dire à Dominga ; ça lui faisait tellement plaisir. Elle était sur son 31. j'avais sorti le costume. C'était presque comme si nous partions pour nous marier, un truc insensé. Elle était radieuse. Elle s’enchantait déjà de contribuer à mon retour à l’emploi. Elle était comme sur un nuage et je préférais lui laisser cet instant de plaisir plutôt que de lui détailler la réalité de mes statistiques de réussite à un entretien d'embauche. Son sourire me donnait de l'espoir.
Durant l'attente dans le hall de la mairie, je me documentais sur la mairie avec les prospectus glanés à l'accueil pendant que Dominga, qui connaissait tout le monde, passait son temps à saluer les personnes qui rentraient dans la mairie.
Et puis, tout à coup, mon rendez-vous entra. Dominga me donna un petit coup de coude discret avant de s'avancer vers madame Rirolarme.
-
Bonjour Madame Rirolarme, comment allez-vous ?
-
Très bien et vous Madame Valdo ?
-
Ça peut aller, voilà l’ami dont je vous ai parlée, Monsieur Alfrédi, vous allez voir c’est un garçon très sympathique.
Madame Rirolarme me toisa sans manifester aucune émotion. Dès cet instant je compris que nous ne ferions pas affaire.
-
Bien, dans ce cas, veuillez me suivre, nous allons commencer tout de suite si ça ne vous dérange pas, j’ai beaucoup de travail et pas une seconde à perdre ! M'informa-t-elle sèchement.
Il était trop tard pour faire machine arrière. j'obtempérai comme un cocker bien apprivoisé. Dominga s'éclipsa en me souhaitant bonne chance de tout cœur.
Je suivais Madame Valdo jusqu’à son bureau.
Je me demandais encore une fois si je n’étais pas en train de perdre mon temps.
J'étais pistonné et je ne savais pas trop comment me positionner. Je n’étais pas à l’aise du tout. Tout en noir j’avais l’impression d’être un croque-mort assistant à ses propres funérailles.
Durant tout le trajet à l’intérieur de la mairie je ne prononçais pas un seul mot. On arriva devant son bureau. Elle sortit son trousseau de clefs.
-
bon alors c’est laquelle déjà, oh flute, à chaque fois c’est la même chose, j’en ai tellement, et puis elles se ressemblent toutes. Ah ! ça y est, enfin la voilà, eurêka, nous sommes sauvés.
-
Pourquoi on courait un risque ? osais-je enchaîner.
-
Non, bien sûr que non, ici il n’y a rien à craindre, vous êtes sous ma protection. Je suis directrice du service des affaires sociales de cette mairie, il ne peut rien nous arriver, faites moi confiance.
Je tentais de faire de l’humour afin d’apaiser mon stress et elle plongeait dedans les deux pieds en avant. Non, vraiment, plus je cogitais et plus j’étais certain que nous n’arriverions pas à nous entendre. Un problème de longueur d’ondes sans aucun doute.
Finalement on entra dans le bureau. Une quinzaine de mètres carrés en sous pente, deux velux, une armoire, un bureau, un ordinateur, un fauteuil en cuir noir d’une conception assez ergonomique et deux chaises en tissu synthétique inflammable de couleur bleu sale clair.
N’étant pas vraiment détendu je m’exécutai promptement. Je me disais qu’en obéissant de la sorte je gagnerai des points quant à mes chances de convenir pour le poste. Douce bêtise évidemment. Mais, dans ce genre de situation, l’esprit qui « tournait » à deux cent pour cents faisait plutôt intervenir le cerveau archaïque, celui qui dirige les réflexes au détriment de la pensée raisonnée, voire des automatismes.
L’avantage du piston dispensait de se torturer les méninges, à en perdre des poignées de cheveux, dans la rédaction d’une substantielle lettre de motivation. C’était déjà ça de gagné !
Mon curriculum vitæ ressemblait plus à un bric-à-brac, un véritable fourre-tout. Comme tout le monde s’accordait à le penser, aucun vide ne devait apparaître à l’intérieur. C’était la raison pour laquelle j’avais gonflé au maximum les quelques activités que j’avais effectué. Et ce quelles qu’elles soient. C’est ainsi qu’une simple mission de trois jours en tant que réapprovisionneur de glaces dans un hypermarché devenait sur le papier une expérience de un mois dans la vente. Tout bon chercheur d’emploi qui se respectait agissait de la sorte. D’autres boulots d’une durée plus conséquente devenaient des expériences de un an, voire deux. Au plâtre et à la truelle, le colmatage, les jointures devaient être effectuées.
Cependant, je n’étais pas aller jusqu’à inventer des choses. Non, je me contentais d’édulcorer par-ci, d’étoffer par-là. Sans rechercher ni la cohérence, ni la continuité, car dans ce cas il aurait fallu que je pipottasse. Je préférais étayer afin d’arriver à remplir entièrement la feuille blanche au format A4. La partie « intérêts et loisirs » que beaucoup de personnes négligeaient, était chez moi d’une exhaustivité sans commune mesure.
-
Alors comme ça vous avez suivi des études de psychologie ?
-
Oui, c’est exact, à l’université Paris V.
-
Une de mes filles en fait aussi, elle est en deuxième année de DEUG.
-
Ah bon, c’est bien.
-
Oui, elle aime beaucoup ça, mais parlez moi de la psychologie sociale environnementale, qu’est-ce que c’est que cette discipline ?
Je me doutais qu’elle me poserait cette question. Tout le monde me la posait. Cela faisait trois ans que j’avais eu mon diplôme et sans entretenir le foyer des mes connaissances en la matière il fallait bien avouer qu’à chaque fois je ne savais trop quoi répondre. Je me contentais d’énoncer les grands principes sans rentrer dans les détails.
-
la psychologie environnementale, c’est l’utilisation des moyens que nous offre la psychologie sociale, à savoir les enquêtes par questionnaires, les entretiens et l’observation, pour l'étude des interactions entre l’homme et son environnement quel qu’il soit.
Pendant que je lui récitais ma leçon elle plongeait les yeux dans un classeur. J’avais comme l’impression qu’elle ne m’écoutait pas. Peut-être que je n’avais pas été clair, ça ne m’étonnait guère avec les années qui s’étaient écoulées depuis mon mémoire. Pourtant j’avais utilisé des termes simples. Elle s’attendait à ce que je rentre dans des considérations plus techniques ?
Elle survola mon curriculum vitæ en marmonnant. Son visage exprimait un certain ennui. Comme si elle regrettait d’avoir accepté cette entretien. Elle montrait un moue de refus. Que lui avait dit madame Valdo à mon égard. Peut-être que j'étais un garçon intelligent ? Elle cherchait cette notion dans mon curriculum sans la trouver. Où étais-je tombé ?
Et puis, il y avait des grands blancs dans la conversation. J'attendais qu'elle m'oriente, qu'elle me demande des précisions. Visiblement elle ne savait absolument pas conduire à entretien. Elle se donnait des airs suffisants, sûre d'elle et sûre de ce qu'elle faisait et de comment elle s'y prenait. Elle utilisait l'impératif. J’avais envie de me lever et de quitter son bureau sans me justifier et en claquant la porte. Seulement j’étais piégé par cette impérieuse envie de trouver un travail. Et pourquoi pas celui qu’elle me présenterait?
Je pris le papier en main et commençais à le lire. L’entête s’intitulait : chargé de recrutement.
-
sur votre curriculum je constate que vous n’avez jamais exercé dans le recrutement.
-
Certes, il est vrai que, cependant lors de mes études j’ai largement mis en pratique les techniques de l’entretien, orienté, semi orienté, ouvert.
-
Hum !
Et puis d’un coup, je faillis sursauter, son téléphone portable sonna. Elle me demanda si elle pouvait décrocher. Que pouvais-je répondre d’autre que oui, après tout on était dans son bureau !
Elle se mit à brailler. Ça résonnait terriblement dans le bureau. Les sons rebondissaient à droite, à gauche, un véritable terrain de squash à ultrasons.
-
Mais qu’est-ce que tu dis, je ne t’entends presque pas, parle plus fort, mais si je serai là ce soir pour le dîner, ne t’inquiète pas, mais non tu ne me déranges pas, tu ne me déranges jamais voyons…
Une armada de mouches aurait pu virevolter au-dessus de ma tête je ne l'aurais pas entendue. Elle hurlait. C’était douloureux à mes oreilles. J’essayais tant bien que mal de me concentrer pour finir la lecture de la fiche de poste. Même un gus équipé d’un baladeur dans les transports en commun s'était du petit lait comparé à la puissance de sa diarrhée verbale.
Mon opinion se précisait quant à son aptitude à faire passer des entretiens d’embauche. Et dire qu’elle prétendait pouvoir choisir un candidat capable de faire passer des entretiens ! J’avais vraiment de me sauver d'ici mais , comme un con, je suis resté assis à fournir un effort surhumain pour peut-être décrocher le poste.
-
excusez moi pour le dérangement, me dit-elle en souriant après avoir raccroché.
-
Il n’y a pas de mal, répondis-je crispé et conciliant.
-
Bon et bien ça y est vous avez fini, alors qu’est-ce que vous pensez de ce poste ?
-
Et bien, à mon avis, ça à l’air intéressant, je pense être capable mais la décision finale reste de votre côté.
-
Oui, en effet. Je ne vous cacherai pas que je ne suis pas certaine que votre profil corresponde exactement à la personne que nous recherchons. En effet, outre toutes vos qualités, vous n’avez pas d’expériences en la matière, c’est un peu gênant.
-
Mais vous le saviez avant de me rencontrer, Madame Valdo a du vous en parler.
-
C’est exact !
On discuta encore quelques instants. Je ne ferai pas l’affaire. Les jeux étaient faits. Elle me dit qu’elle devait voir d’autres personnes et, elle me laissa l'espoir selon la formule consacrée du recruteur langue de bois en m’assurant qu’elle me tiendrait au courant sitôt sa décision prise. Je ne me faisais aucune illusion. L’habitude d’une telle situation. Même si j’étais rodé, à chaque fois c’était douloureux.
Et dire qu’elle m’avait considéré comme un moins que rien, se permettant d’être au téléphone. Elle avait bien réussi son coup. Un piston de pacotille. Dès le départ j’avais pressenti la tournure des évènements. Elle avait accepté de me recevoir uniquement par politesse, mais pas par gentillesse sinon les choses se seraient passées bien différemment. Pas altruiste pour un sou, sûrement qu’elle demanderait à Dominga quelque chose en retour. Enfin, c’était la vie qui voulait ça. Un coup de poisse avec un vice caché.
J’avais quand même jouer le jeu jusqu’au bout. Je n’avais rien à me reprocher. Ce n’était pas faute d’avoir essayé. Je n’avais pas d’expériences dans le domaine. Il fallait bien commencer un jour à se la construire cette fameuse expérience. Tout le monde devait forcément passer par la case « débutant ». Jusqu’à preuve du contraire un débutant avec expérience ça n’existait pas.
Je la saluai bien indifférent à sa réponse et je rentrais chez moi.
La mare aux canards.
Natacha et Luc, la clope au bec, campaient à la machine à café du cinquième étage de la société Cartatex.
-
Bon, allez, qu’est-ce que vous fichez, la réunion va bientôt commencer, leur lança Barnabé.
-
Pour ce qu’ils ont besoin de nous pour prendre les décisions dans cette boite, je vais pas me brûler pour finir mon café, vociféra Natacha.
-
Y a deux ou trois têtes que je suis pas tellement pressé de voir, enfin, garde nous deux places au fond si tu peux, répondit Luc.
-
Bon, d’accord, mais magnez-vous.
C’était aujourd’hui le grand jour. Celui de la présentation de la société choisie par la direction au personnel concerné par le plan social économique. Certains bruits de couloirs circulaient déjà comme quoi elle relevait plus du charlatanisme que du véritable cabinet de reclassement. Dans la salle de réunion du département des ressources humaine le directeur général se leva et prit la parole :
-
Messieurs dames bonjour, je serais bref, souhaitant laisser un maximum de temps à nos amis de chez Advance Consulting pour vous exposer leur confiance en vos chances de retrouver un emploi rapidement. Je tenais en mon nom et en celui de l’ensemble du personnel à vous remercier pour le travail que vous avez accompli au sein de Cartatex, certains depuis à peine quelques mois, d’autres depuis des décennies.
-
mais quel faux-cul ! dans des placards il appelle ça travailler ! Marmonna Natacha à Luc.
-
Bonjour, je suis Lionel Demisel et voici mon associé Benjamin Faufilet (salua de la tête sans moufter). Comme Monsieur Marcel Guspide vient de vous le dire nous sommes le cabinet de reclassement de personnel Advance Consulting. Si nous avons été choisis par le comité de direction de votre société c’est parce que nous sommes en mesure de pouvoir tous, je dis bien tous, vous reclasser, largement avant la fin du congés établi à neuf mois, et ceci grâce à notre réseau dans le domaine des hautes technologies élaboré depuis maintenant pas moins de cinq années. Nous avons d’ailleurs déjà pris des contacts et sommes dans l’état actuel des choses en mesure de vous dire que nous possédons plusieurs offres que nous soumettrons bien entendu aux profils concernés. En outre, nous nous engageons à fournir au minimum deux OVE à chacun d’entre vous durant le délai de reclassement.
-
Excusez-moi, demanda Luc du fond de la salle.
-
Oui ? s’arrêta Lionel.
-
Qu’est-ce que c’est qu’une OVE ?
-
Et bien, une OVE, C’est une Offre Valable d’Emploi, mais j’aurais l’occasion d’aborder le sujet avec chacun d’entre vous lors d’un entretien individuel. Advance Consulting est certifié Lewis Ford Richardson (LFR), un cabinet de reclassement de notoriété mondiale. A ce titre, nous bénéficions de leur réseau et de leurs outils méthodologiques. Nous avons atteint près de 80 % de personnes reclassées lors de notre dernière mission.
-
Très concrètement, quels sont ces outils méthodologiques, enchaîna Barnabé.
-
Je ne vais pas vous exposer ici les moindres détails et toutes les subtilités qui vont être mises à votre disposition. Ce que je peux vous dire c’est que les moyens nécessaires à votre recherche d’emploi dans les meilleures conditions possibles seront déployés. Nous avons un même et unique objectif que nous allons partager pendant vos congés de reclassement, trouver des offres, trouver des emplois. Je vous remercie de nous avoir écouté avec autant d’attention et moi-même ainsi que Benjamin nous vous disons à très bientôt dans nos locaux.
La fin de la réunion marquait la fin de leur vie au sein de la société. Les personnes continuaient à en être salariées durant toute la période de reclassement mais elles n’avaient plus à y exercer aucune activité quelle qu’elle soit. Dans la salle de réunion on ne sabra pas le pétillant, on ne dévora pas de petits fours, l’heure était à la rumination tandis que le directeur raccompagnait les deux associés d’Advance Consulting.
-
Vous avez compris ce qu’ils nous ont raconté, demanda Luc à l’assistance.
-
Quoi, vas-y, demande-moi, qu’est-ce que tu veux savoir, pose ta question, je suis sûr que j’y réponds.
-
Arrête de faire le pitre cinq minutes Barnabé, tu veux, c’est du sérieux-là, répondit Natacha, c’est vrai que c’était du charabia politico langue de bois, Advance Consulting, où est-ce qu’ils ont bien pu aller pour dénicher un nom pareil.
-
Certainement dans un bouquin de management à la sauce américaine.
-
Et Lewis Ford Richardson, ça sent pas bon les OGM ce machin-là ! ajouta Natacha
-
Le CE pourra nous en dire plus. Dit Luc
-
Il y a une permanence aujourd’hui ?
-
Non, on est mercredi, Evelyne est chez elle et puis Jean-Louis est en arrêt maladie.
-
Qu’est-ce que c’est que ce concept d’OVE, offre valable d’emploi ?
-
C’est sûrement pour les différencier de celles qui ne sont pas valables. Rigola Barnabé
-
Arrête Barnabé, je te jure, je vais te faire mal si tu continues !
-
Bon, de toute façon, que ça nous plaise ou non, c’est cette boite qui a décroché notre reclassement alors va falloir faire avec, se montrer conciliant et obéissant.
-
Obéissant ! Et Barnabé ! Tu vas où, on est plus à l’armée ! J’ai entendu dire qu’il existait certaine close dans le contrat que la boite a signé avec Advance machin chouette comme quoi tout candidat pouvait voir son congés réduit à peau de chagrin si…
-
Quoi, ils nous virent et en plus…c’est quoi ce délire, mais ils ont pas le droit !
-
T’affole pas Natacha, t’as pas entendu le « si » du conditionnel ou quoi ?
Le brouhaha se dirigea d’un mouvement lent et progressif vers la machine à café. Les humeurs et les récriminations de chacun se dissipèrent laissant éclore des sujets plus légers sur les projets de fin de semaine.
Le personnel épargné par le plan social circulait difficilement dans le couloir et manifestait une empathie mi-figue mi-raisin, soulagé certainement d’avoir échappé au coup de balai.
Le principe de survie.
-
Dis donc, Lionel, t’y es pas allé un peu fort avec notre prétendu réseau tentaculaire. Rends toi compte qu’à l’heure actuelle, ils sont en train de se dire que s’est du tout cuit. Que dès la première semaine de congés de reclassement, on va leur apporter, sur un plateau en or massif, l’offre d’emploi magique, le bingo professionnel avec une plus value sur leur feuille de paie.
-
Tout doux Benjamin, je sais, c’est osé, mais qui ne tente rien…
-
…N’a rien, tu parles d’un dicton qui va nous amener tout droit au dépôt de bilan ouais.
-
Arrête avec ton pessimisme cinq minutes tu veux, tu connais aussi bien la méthodologie de LFR que moi, faut pas les décourager, au contraire.
-
D’accord mais entre ne pas les décourager et les placer dans une situation complètement passive, y a de la marge, tu ne crois pas.
-
Parce que tu crois qu’ils ne sont pas dupes ? Tu les prends pour des gros naïfs ou quoi. Comme nous, ils sont conscients de ce qui se passe dans les autres sociétés, les délocalisations, le nombre de chômeurs qui ne cesse de progresser. On exagère beaucoup, simplement pour leur donner la foi, et que leur croyance en nous se répercute en eux.
-
Bon on verra bien, maintenant de tout façon, on peut difficilement faire machine arrière en leur disant que c’était un sketch, qu’en fait on est des gros nullos qui ne possèdent que deux sociétés dans son réseau faisant des pieds et des mains auprès d’une secrétaire de Lewis Ford Richardson pour qu’elle nous refile sous le manteau les codes d’accès de leur portail internet.
-
Benjamin, si tu continues avec ton pessimisme…regarde, tu le vois toi-même, l’année dernière on est pas passé loin du dépôt de bilan avec notre activité de recrutement, le reclassement de personnel, c’est notre salut, l’avenir de notre boite, y a plein de pépettes à se faire.
-
C’est vrai que côté pognon on peut dire que les boites sont généreuses pour se séparer de leurs supposés excédents.
-
Un nouvel eldorado professionnel. Si on gaze bien sur cette mission…
-
…On sera peut être vraiment certifié LFR.
-
Ne m’en parle pas, comment on les a bleufés ! Et puis on aura une position plus solide pour négocier le budget global de reclassement avec les sociétés. Parce que là, heureusement qu’on a fait fonctionner le marché caché pour dégoter cette mission, sinon, c’est pas avec du recrutement qu’on aurait pu prétendre…
-
Ah ah ah, je repense à ce que tu as dit à la réunion tout à l’heure. « Votre mission sera la troisième que nous mènerons à bien, je vous le garantie Monsieur le directeur », même si les deux premières ne sont que pure imagination de notre part.
-
Mentir sur les antécédents d’Advance Consulting. Qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour manger ! A ce propos, j’ai vu un ancien pote, il croit toujours qu’on est ami, c’est son problème, je m’en fous, il a le profil idéal pour remplir la mission d’accueil au sein de la cellule de l’emploi.
-
Lequel ?
-
DESS de psychologie, chômeur de longue durée que l’on va pouvoir exploiter comme il le faut afin de lui offrir la dernière chance de se faire une expérience professionnelle dans un domaine qui se rapproche de sa formation initiale.
-
Et en même temps maximiser nos gains.
-
Ce n’est pas moi qui l’ai dit, ah ah ah ! cellule de l’emploi qu’il va falloir monter ailleurs que dans nos locaux trop exigus.
-
T’as une idée du lieu ?
-
Ouais, t’inquiète, commence à contacter les boites, tâte le marché, je me charge du reste.
Les animaux dénaturés.
J’attendais le soir pour téléphoner à Lionel.
-
Allo ?
-
Lionel, salut, c’est Michel.
-
Ah ! Michel, alors cet entretien, raconte moi comment ça s’est passé ?
-
Un véritable fiasco !
-
Ah bon ? A ce point-là ?
-
Tu ne peux pas t’imaginer, je suis tombé sur une bonne femme qui visiblement ne savait pas trop ce qu’elle voulait. La seule chose dont elle était sûre c’était qu’elle recherchait un larbin hyper compétent et corvéable à souhaits pour un salaire de misère.
-
Comme tout le monde, le mythe du mouton à cinq pattes bien docile et pas gourmand.
-
Voilà exactement, c’est vraiment pénible !
-
C’est la vie Michel.
-
D’accord mais qu’est-ce qu’il ont tous avec cet animal. Cinq pattes ! Mais avec cinq pattes le bestiaux ne peut pas avancer car il est sans arrêt en train de se faire des croche-pieds !
-
C’est sûr, vu comme ça.
-
C’est gênant une cinquième patte. Ça n’a rien de pratique. C’est une anomalie de grossesse que la société place comme idéal. Non mais sérieusement tu trouves pas ça un peu couillon ?
-
Maintenant que tu m’y fais penser, oui c’est vrai.
-
Tu vois, vaudrait mieux parler de girafe à cou télescopique ou bien d’éléphant à deux trompes. Dans ces cas là, l’anomalie est bénéfique.
-
Ouais tu as raison Michel mais faut pas trop prendre au pied de la lettre le concept, parce que c’est qu’un concept après tout.
-
D’accord mais quand même, un mouton à cinq pattes, c’est aberrant de l’énoncer tel un axiome mathématique, comme étant un cheval de course efficace dans des tas de domaines. Tu ne trouves pas.
-
Tu as raison, mais bon, à notre niveau, on ne va pas changer le monde.
-
Ouais c’est bien dommage !
-
Bon alors Michel, j’imagine que si tu m’appelles aussi vite c’est que tu es partant pour le poste de consultant que je t’ai proposé hier.
-
Et bien si c’est toujours d’actualité, oui, je suis ok !
-
Si je te le propose, c’est que je sais que tu es largement capable de le mener à bien. Ton potentiel est même supérieur mais bon, chaque chose en son temps, ne mettons pas la charrue avant les bœufs !
-
Bon, et bien, je suis ton homme !
-
Parfait, Ça commence la semaine prochaine, tu verras, ce n’est pas vraiment sorcier. Je passe te prendre lundi matin à huit heures trente. Tiens-toi prêt et sois beau !
-
Entendu, bon weekend et à lundi.
L’ABC du consultant.
J’appréhendais un peu tout de même. En effet, j’avais peur, alors que nous venions à peine de reprendre contact Lionel et moi, du mélange des relations amicales avec celles professionnelles. Quelque chose allait sûrement se modifier, mais quoi ?
La chose positive c’était que je venais de trouver du travail.
Je passais une partie de l’après-midi du samedi à faire les boutiques pour me trouver quelque chose à me mettre pour demain, j’angoissais, il fallait que je me trouve un costume.
Huit heures trente. Lionel m’avait dit qu’il serait à cette heure à mon domicile. Lionel préférait qu’on fasse le trajet ensemble pour la première journée de travail. Mon baptême de consultant. Je reprenais les rennes d’une carrière professionnelle pour le moins houleuse et hasardeuse.
Je regardais ma montre. Lionel allait arriver d’un moment à l’autre, je sentis un léger malaise poindre son nez, je m’assis et consultais machinalement la première revue qui me tombait sous la main. Les idées ailleurs je la feuilletais nonchalamment. Tout d’un coup j’entendis le bruit d’un moteur, je me levai pour regarder par la fenêtre et avant que Lionel n’ait le temps de sonner, je l’accueillis.
-
Entre Lionel, on a le temps de prendre un petit café ?
-
Non, ça ne va pas être possible, il faut que l’on décampe dare-dare sinon on va se retrouver dans des embouteillages monstres !
-
Je vois, le matin, en région parisienne, dans la circulation, tout était histoire de quelques minutes pour essayer de surfer les points stratégiques…
-
T’as tout compris Michel, mais dis moi, tu es beau comme un camion !
-
Ne m’en parle pas tu veux, je me trouve presque ridicule avec cette cravate qui pendouille sans cesse !
-
Tu verras tu t’y habitueras
-
Ce n’est pas gagné mais je n’ai pas le choix de toute manière…
-
Oui, c’est ton nouvel uniforme à présent…
-
Pfft…
-
Bon allez, en route !
Je m’emparai de ma sacoche contenant le fameux classeur et enfilai le pas de Lionel jusqu’à la voiture dont le moteur tournait encore. A l’intérieur, l’air climatisé et les oreilles informées comme il le fallait par une radio d’informations nationale.
C’était sans aucun doute plus confortable que les transports en commun. Les effluves du déodorant de Lionel envahissaient mes narines, je pensais qu’il allait falloir que je me trimballe en permanence dans cet accoutrement.
-
et dans ta boite est-ce que vous fonctionnez comme les Américains ?
-
qu’est-ce que tu veux dire par-là ?
-
simplement que le costard on devra le mettre tous les jours ? Y a pas une exception le vendredi, où on a le droit de se mettre en jeans en prévisions du samedi ?
-
ah oui, le vendredi, si si, bien sûr, on suit évidemment le modèle Ricain, le vendredi tu peux quitter ton costume pour mettre ce qui te fait plaisir à condition que ça reste correct bien entendu.
-
Qu’est-ce que tu entends par correct ?
-
Bah, euh, tu peux mettre un pantalon, des jeans, mais pas de jogging ni de baskets. En règle générale, tu proscris tout ce qui a un rapport direct avec le sport.
-
Donc je ne peux pas me mettre en « sportwear » alors ?
-
Si le « sportwear » tu peux mais comment dire, euh, le « sportwear » ce n’est pas vraiment du sport, c’est plutôt du décontracté chic, tu vois ?
-
Ouais je comprends.
Je songeais que l’habit ne faisait pas le moine, certes, mais il y contribuait fortement. Dans le nouveau rôle qui allait bientôt être le mien, il fallait présenter correctement. De l’avis de Lionel :
-
tu sais le costard c’est super important lorsque tu te retrouves devant des gus que tu connais ni d'Ève ni d’Adam.
-
Je me doute
-
Ils ne vont pas te regarder de la même manière si tu es fringué à la Colombo ou à la Mike Hammer. Le costard, crois-moi, c’est au moins cinquante pour cent des compétences, et je ne suis pas le seul à le dire. Benjamin est d’accord.
-
C’est qui Benjamin ?
-
C’est ton nouveau collègue, tu vas le voir ce matin, c’est avec lui que tu vas superviser la nouvelle mission.
Deux ans de dur labeur à rédiger toujours plus de lettres de motivation, à assister à des entretiens d’embauches plus ou moins cohérents, deux ans de solitude et d’incertitude, deux ans pour se voir enfin donner l’opportunité d’exercer une fonction au sein de la société. Un poste de consultant en reclassement de personnel comme me l’avait signifié Lionel. Un poste qui nécessitait de l’entrain, de l’enthousiasme et de la ténacité. Lorsque j’avais lu le classeur de Lewis Ford Richardson je m’étais rendu compte que la partie était loin d’être gagné même si Lionel prétendait le contraire.
-
Mais si je te dis que tu vas y arriver, tu m’as dit que tu as bossé comme un malade sur le classeur ! Il n’y a pas de raison que tu ne puisses pas être à la hauteur, je te connais et je sais ce dont tu es capable. Tu sais consultant en reclassement de personnel ça n’a rien de sorcier, c’est même plutôt enfantin…
-
C’est ton point de vue, c’est facile de dire ça, depuis le temps que tu occupes la fonction, mais mets-toi deux secondes à ma place, j’appréhende à mort ! je suis un « bleu bite » dans le domaine.
-
Ne t’inquiète pas ! Je serai ton parachute en cas de pépin, tu n’as pas de raison d’avoir peur je t’assure, tu verras, tu vas t’en sortir, et je suis même sûr que tu vas t’en sortir avec brio, fais moi confiance !
Le trajet jusqu’aux locaux de Lionel se poursuivit dans une symphonie de compassion et d’empathie de Lionel à mon égard.
Je lui appris qu’en plus des feuillets du classeur j’avais pris l’initiative de me renseigner sur la graphologie et sur les tests de personnalité. Lionel me regarda avec des yeux brillants comme s’il venait de mettre la main sur une pièce rare de sa collection de télécartes. Je rigolais et restais modeste, car il semblait, en dépit de la supposée faciliter du poste, qu’on ne s’improvisait pas aussi facilement poly-consultant comme ça, juste en jetant un coup d’œil dans des manuels spécialisés. A présent, Il me fallait passer à la phase pratique.
A vitesse granvée.
Au 54 rue du Maine ils passèrent la porte cochère.
Lionel ouvrit la boite aux lettres.
Les bureaux étaient au deuxième étage. Lionel sonna. Lorsque Benjamin ouvrit la porte, Lionel me le présenta comme son nouvel associé pour la futur mission. Benjamin me salua avec un sourire un peu crispé en me disant :
Je préférais ne pas renchérir en lui disant qu’il y avait aussi et surtout « con ». Je lui rendis simplement son salut en me disant dans mon for intérieur que la partie était loin d’être gagnée avec un gus de cette trempe-là.
Les bureaux étaient composés d’une entrée ridicule avec vue sur les toilettes. Ils se prolongeaient sur la droite par un premier bureau, celui de Benjamin, avec une large baie vitrée, comme un aquarium. S’en suivait la pièce du secrétariat et du standard téléphonique avec pour finir, enfin, le bureau de Lionel, au fond, un beau fauteuil en cuir noir qu’on aurait dit conçu pour faire des siestes interminables l’après-midi derrière un large bureau.
Je faisais un peu grise mine. Vu l’adresse je m’attendais à une structure d’un standing un peu plus élevé. Tout sentait le bricolage, le rapiècement, à commencer par la moquette qui faisait des frisettes par endroit lorsqu’il n’y avait pas un trou dedans.
Je me disais déjà qu’il serait compliqué, pour ne pas dire pas évident, de paraître quelqu’un de solide et d’opérationnel dans un tel environnement, surtout quand on débutait.
-
Bon Michel.
-
Oui Lionel !
-
je vais un peu t’expliquer en quoi va consister ta mission.
-
Je t’écoute.
-
Voilà, il y a peu de temps nous avons signé avec une grosse société dans le domaine des hautes technologies, Cartatex.
-
Faut prendre un hélicoptère pour les voir ?
-
Quoi ? ah oui, hautes, non, sois sérieux veux tu
-
J’arrête
-
Donc nous sommes chargés de reclasser une trentaine de personnes. Alors ça veut dire quoi reclasser ?
-
C’est indiqué dans le classeur tu sais Lionel.
-
Je sais mais je veux que ça soit le plus clair possible dans ton esprit. Reclasser ça veut dire que nous avons une période bien déterminée pour mettre en œuvre tout ce qui est en notre possible afin que ces personnes retrouvent un emploi.
-
Oui je sais.
Lionel continua son speech. J’avais l’impression qu’il était en train de me sortir la liste des dix commandements du consultant en reclassement de personnel. Il persiflait presque de temps en temps, à croire qu’il ne croyait pas vraiment au bien fondé d’une telle mission mais je l’écoutais attentivement.
-
tu sais Michel, c’est la première fois qu’Advance Consulting se voit offrir une telle affaire. Jusqu’à présent on ne s’occupait que de recrutements et de délégations de profils techniques. C’est une chance qui s’offre à nous. Regarde autour de toi, on ne parle que de délocalisations, licenciements et plans sociaux. Il y a du boulot dans ce domaine et ça ne fait que commencer !
Lionel était presque euphorique. J’étais un peu dégoûté que l’on puisse se frotter les mains avec autant de complaisance sur le sort de milliers de salariés bazardés par une économie de marché qui agissait au doigt et à l’œil des actionnaires qui imposaient en toute liberté leur vénalité. Mais que pouvais-je y faire ? A mon niveau pas grand-chose si ce n’était lutter pour ma propre survie comme me le recommandait Darwin. Alors moi aussi je devais être joyeux, sans tortiller, des perspectives sociétales.
-
en somme on est un peu des sauveurs de naufragés économiques si je ne me trompe pas ?
-
voilà Michel, t’as tout compris, en deux mots tu viens de résumer la situation, je savais que j’avais raison de te prendre avec nous !
La projection de la fierté.
La mission débuta. Pour le moment elle ne consistait qu’en de simple présentation de chaque personne qui allait bénéficier du plan de reclassement. A intervalles réguliers l’interphone sonnait, je me se levais, allais ouvrir la porte, proposais à la personne de s’asseoir puis je regagnais ma place, derrière l’ordinateur du standard, sans grand-chose à faire, une secrétaire dans une boite qui vivotait.
En effet, la première phase était chapeautée dans son intégralité par Lionel. C’était lui qui recevait les différents candidats pour un entretien individuel. Chacun était muni de son curriculum vitæ.
Le fauteuil d’attente se trouvait exactement face à moi et mon inquiétude grandissante.
J’étais tétanisé par chaque présence. Je redoutais le dialogue, la confrontation sur n’importe quel sujet. Je préférais le mutisme plutôt que d’afficher mon inexpérience. J’essayais de passer pour quelqu’un de très occupé les yeux rivés sur le classeur puisque Lionel ne m’avait pas donné d’instruction. Une personne m’adressa la parole :
Je relevai la tête et tombai sur un regard qui m’auscultait, me calculait, m’interrogeait. J’avais presque la sensation d’être sous l’inquisition. Pris au dépourvu, sans trop réfléchir, je lui répondis :
La personne fut satisfaite de ma réponse et continua l’examen de la presse qui était disposée sur une table basse. Sous le bureau mes jambes frétillaient. Je tournai rapidement quelques pages du classeur pour me calmer lorsque la porte du bureau laissa apparaître Lionel. Je me sentis soulagé.
La personne se leva et se dirigea pour empoigner la main tendue de Lionel comme s’il s’agissait de celle d’un messie. Je souriais.
-
Monsieur Derliche, laissez-moi vous présenter Monsieur Alfrédi, qui va s’occuper de vous, lorsque nous en auront fini tous les deux.
-
Bonjour Monsieur !
-
Monsieur Alfrédi effectuera la permanence de la cellule de l’emploi que nous allons mettre très prochainement en place. Il sera votre interlocuteur privilégié.
-
Très bien !
Il entrèrent dans le bureau de Lionel tandis que je continuais à faire semblant de m’occuper.
-
Alors, si j’en crois ton CV, Cartatex est ta première expérience professionnelle…
-
…oui, c’était en rapport direct avec mes études…parce que sinon, au cours de mon tour du monde j’ai eu l’occasion de faire pas mal de petits boulots…
-
Ah ouais, lesquels ?
-
Je me suis occupé de la réception d’un petit hôtel en Afrique du Sud, j’ai été serveur dans un bar à Cuba et puis d’autres trucs de moindre importance.
-
Tu ne veux pas le faire apparaître dans ton CV ?
-
Non.
-
Pourquoi ça ?
-
Ça ne rentre pas dans le champ de mon projet professionnel.
-
Bien, très bien, et alors, qu’est-ce que tu peux me dire dessus ?
-
Simplement que je suis plutôt ouvert à tout et n’importe quoi à partir du moment que je retrouve une situation dans le domaine des hautes technologies. Je ne dirais pas à l’identique parce que ce n’est pas possible et parce que je ne le désire pas, mais plutôt un poste similaire, dans le commerce et la prospection de nouveaux marchés.
-
Pourquoi, tu n’étais pas bien chez Cartatex ?
-
C’est à dire que lorsque l’on est dirigé par des bras gauches et des incompétents, des fils et filles de, des nièces et des neveux de archi-duchesse, il est difficile d’obtenir des missions passionnantes en bout de chaîne. Pourtant j’y croyais lorsque d’ingénieur commercial on m’avait rapidement promu chef de produit. Mais c’était avant que je ne me rende compte que le produit qu’on m’avait attribué était mort avant sa mise sur le marché pour des raisons internes de mauvaises gestions. Ajouté à cela la conjoncture actuelle, ça fait déjà plus de six mois que je cherche à me barrer de cette boite. On est plusieurs à avoir profité du plan social pour faire nos valises. Ça devenait invivable dans les couloirs. Chacun reportant la faute sur son souffre-douleur personnel alors que tout le monde savait d’où elle venait.
-
Et d’où ?
-
De la direction pardi, mais qu’est-ce que tu veux faire quand tu te trouves dans une société familiale ou le président à placer ses frères, ses oncles, ses neveux et ses nièces aux postes stratégiques, indéboulonnables, fiers et satisfaits en prime ! certains jours je faisais des photocopies et des suivis de mails, pour un chef de produit, faut pas déconner !
-
Bon, Barnabé, tu ne dois pas ressasser cet épisode ad vitam aeternam. Dis toi maintenant que c’est de l’histoire ancienne. Benjamin, Michel et moi-même, on est là, à présent, pour t’aider à retrouver le plus sereinement possible une nouvelle situation pérenne. Il va simplement te falloir jouer le jeu de la méthodologie du classeur LFR. Les clés de la réussite s’y trouvent sans équivoque.
-
J’espère.
-
Ne t’inquiète pas
La porte s’ouvrit. L’entretien de Monsieur Barnabé Derliche était terminé. Visiblement il semblait plus détendu qu’à son arrivée. Lionel savait y faire, c’était incontestable.
-
Monsieur Derliche, si vous le désirez, Monsieur Alfrédi peut vous administrer un test de personnalité.
-
En quoi cela pourrait bien me servir ?
-
A mieux vous connaître, à découvrir des nouvelles potentialités.
-
Combien de temps ça dure ? me demanda Monsieur Derliche.
Un peu affolé je regardai Lionel afin qu’il réponde à ma place. En effet je n’avais encore jamais administré un test de personnalité.
-
Pour le FCDC (Faites des Croix Dans les Cases), Une petite demi heure suffit, enchaîna Lionel.
-
Une demi heure, dans ce cas, je veux bien.
Une cible bien tentante.
L’argent était la bête à abattre. S’il y avait bien quelque chose à éradiquer séance tenante de tous les horizons c’était bien cette vermine qui empoissonnait tout. Elle était sans équivoque le déclenchement, l’avalanche infernale et hypnotisante, de la protection, de la sauvegarde, de la cupidité éhontée.
Oui, cette belle saloperie venue des quelques gus de l’époque si lointaine où ils avaient encore le choix. Celui d’opter pour la plus sage des solutions. Si quelqu’un avait pu les dissuader de s’aventurer dans des systèmes de monnaie. N’allez pas par là, c’est dangereux ! Préférez le troc, le partage inconsidéré et l’échange libre sans barrières.
Oui, l’argent était la bête à abattre.
Je ne faisais que le penser, où était le préjudice ? Nous pouvions encore nous permettre de penser tout et n’importe quoi, et de toutes les idées de la pensée qui avaient été appliquées je préférais de loin celles des artistes.
Peut être les personnes les plus pacifistes de notre îlot intersidéral. Même si eux aussi, évidemment, évoluaient dans les mêmes systèmes politiconomiques, c’était l’évidence qu’un certains nombre d’entre eux, aux belles paroles, profitaient allègrement, à leur gré quoi, du gâteau imaginaire fondé sur le profit et le gaspillage.
A l’heure des hautes et évoluées technologies modernes de l’information, ils attendaient encore patiemment la sortie de leurs albums, ouvrant ainsi la vanne du carburant essentiel dans cette pure construction ésotérique sortie tout droit de la cuisse de Jupiter.
De qui se moquait-on !
N’importe qui à présent pouvait faire partager, sans publicités, ses réalisations et cela pour une modique somme. Je le faisais avec la page archaïque et j’en étais très heureux. Alors pourquoi pas eux ?
Une interface sur un serveur était à la portée de la main. Tellement de férus en informatiques à la ramasse dans cette société, un monde de fous, pourquoi ne prenait-il personne, avec toutes leurs argents, la conception ne leur coûterait guère plus d’un long séjour en amoureux dans un hôtel de catalogues.
L’inconvénient, c’était sûr, c’était l’argent.
Dépenser quelques jours financés par une agence de photographie pour fermer ma station essence, quelle hérésie !
Le positivisme sociétal.
Le chassé-croisé se déroula sans accroc. Tandis que je tendais le carnet de questions et la feuille de réponses à Monsieur Derliche, Mademoiselle Ingrid Maldemair, une candidate qui attendait fébrilement son tour, s’engouffra dans le bureau de Lionel qui la précéda.
Moins loquace que Monsieur Derliche, Mademoiselle Maldemair avait l’air complètement déboussolé.
-
Qu’est-ce qui vous arrive ? Lui demanda Lionel.
-
Je ne sais plus où j’en suis avec cette histoire de licenciement.
-
C’est pas dramatique, du travail, vous allez en retrouver rapidement, faites moi confiance.
-
Pfft… Je ne comprends plus rien.
-
Ne vous inquiétez pas, laissez vous guider par notre méthodologie et vous verrez qu’en deux trois mouvements vous retomberez sur vos pieds !
-
Je ne suis qu’une ratée…
-
Mais non, mais non, enfin voyons, ne vous abandonnez pas à de telles considérations, vous avez réussi à entrer chez Cartatex, vous arrivez à rentrer dans une autre société…
-
Je suis K.O.
-
Je comprends, mais encore une fois, ne vous inquiétez pas ; nous sommes là pour vous aider. Je vois sur votre curriculum vitæ que Cartatex était votre première expérience professionnelle.
-
En effet. C’est nul ! Je suis nulle.
-
Mais non, ne dites pas ça, au contraire, vous y êtes resté cinq années. Ce n’est pas rien sur le marché du travail. Ce n’est pas forcément la quantité des expériences qui fait un bon curriculum vitæ. La qualité à son mot à dire. Et, en ce qui vous concerne, cela joue en votre faveur. Aujourd’hui, tout le monde est à la merci d’un plan social. Personne n’est à l’abri ! Si Cartatex vous remercie ce n’est pas parce que vous êtes nulle ! Mademoiselle Maldemair, vous devez positiver ! C’est très important même si je sais pertinemment que ce n’est pas évident. Devant les futurs recruteurs que vous allez rencontrer ça sera primordial. ne laissez pas la morosité vous gagner.
-
Oui, je sais, dit-elle en souriant.
-
Ah ! enfin un sourire. Ça me fait plaisir ! essayez de garder, ou plutôt de retrouver le moral, et, ayez confiance, car nous allons mettre tout ce qui est à notre disposition pour que cette expérience, pas franchement agréable, devienne le plus rapidement possible un souvenir. Vous êtes jeune, vous avez la vie devant vous, ce n’est pas le moment de baisser les bras ! Au contraire, il faut vous retrousser les manches et partir au combat !
-
Oui, merci
A nouveau la porte du bureau de Lionel s’ouvrit.
-
bon, mademoiselle Maldemair, je vous laisse en compagnie de Monsieur Alfrédi qui est psychologue du travail, consultant et graphologue. Si vous le souhaitez, vous pouvez passer un test de personnalité.
-
Ah, je veux bien. S’enjoua-t-elle.
Le ballet continuait. Et avec lui ma charge de travail. Mademoiselle prenait place sur le bureau du standard afin de compléter le test tandis que mademoiselle Natacha Leclerc entrait dans le bureau de Lionel.
J’angoissais rien qu’à l’idée qu’il allait me falloir dépouiller individuellement chaque test passé. De quelle manière ? J’en n’avais pas la moindre idée. Je verrais ça plus tard. Pour le moment, j’essayais de prendre un ton assuré et sérieux pour présenter le plus ludiquement possible le protocole de passation des tests aux candidats. C’était déjà pas mal.
Luc Tandem.
Luc Tandem, autodidacte, travaillant chez Cartatex depuis presque quinze ans, était parvenu avec un bac en poche aux responsabilités de chef de produit maison. Depuis quelques années il avait été relégué à des tâches sans utilités, un placard. Son souhait était de poursuivre dans le domaine des hautes technologies et si possible dans une fonction similaire. Farfelu et d’un caractère jovial, il semblait ne pas être le dernier lorsqu’il faillait s’amuser.
-
Monsieur Tandem, votre profil intéresse un de nos clients.
-
Non, déjà, mais laissez-moi un peu le temps de souffler, que je profite un peu de mon régime d’allocations avant de retourner aux fourneaux !
-
Que les choses soient claires. Pour le moment y a rien de sûr, mais j’ai eu un premier contact assez positif lorsque je leur ai adressé votre profil. Je vous tiendrai au courant lorsque j’aurais plus d’informations.
-
C’est qui ?
-
Propéténétec.
-
Ah bon ! Propéténétec, ils ont besoin de monde en ce moment, c’est étonnant !
-
Monsieur Tandem, le marché caché permet de découvrir des cavernes d’Ali baba professionnelles insoupçonnées.
-
Faudrait que vous m’expliquiez ce que vous entendez par marché caché.
-
La réponse à votre question se trouve dans le classeur de la méthodologie LFR. Le chapitre 5 lui est consacré.
-
Mais je ne l’ai pas ce classeur !
-
On vous en distribuera un exemplaire lors de la première réunion plénière.
-
Ouais, d’accord, chacun son boulot.
-
Propéténétec, ça vous intéresse ?
-
Un peu que oui, c’est exactement le type de sociétés que j’envisage de démarcher, jeune, dynamique. Rien à voir avec ce vieux dinosaure familial que je laisse derrière moi, à la bonne heure.
-
Laissez moi agir avec eux. Je les connais bien.
-
C’est vous le chef, ah ! ah ! ah ! Au fait, vous nous avez parlé d’une liste de sociétés lors de la présentation de Advance Consulting, ça serait bien si vous pouviez nous en faire profiter !
-
Ouais, c’est prévu !
-
Et cette histoire de cellule, où ça en est, vous avez plus d’informations à nous transmettre ?
-
Oui, justement, j’allais aborder le sujet. Elle sera ouverte à compter de mercredi. Michel Alfrédi que tu as vu avant de rentrer dans le bureau va la piloter. Il sera là tous les jours pour vous y accueillir et vous aider dans vos démarches diverses et variées.
-
Elle est où cette cellule ?
-
A Montrouge, entre la porte de Châtillon et celle d’Orléans.
-
Ce n’est pas dans les locaux de Lewis Ford Richardson, près des Halles ?
-
Non, au départ la cellule devait effectivement s’y trouver, mais ils n’ont plus assez de place, y a trop de plans sociaux…
-
Si je trouve pas dans mon domaine et si il y a autant de travail que ça dans votre domaine je me recyclerai peut-être dans le reclassement. Ah ! Ah ! Ah!
-
Et pourquoi pas, vous voulez qu’on vous embauche pour aider vos anciens collègues ?
-
cela demande réflexion, ah ! ah ! ah ! Mais pour le moment, je vais d’abord regarder ce qui se trame dans mon domaine…
-
bon et bien nous allons en rester là, si vous le voulez bien.
-
Est-ce que j’ai le choix ?
-
Pas vraiment, aujourd’hui c’est une grosse journée, je vois un candidat quasiment toute les demi-heures.
La porte du bureau s’ouvrit. Naturellement Lionel proposa à monsieur Tandem de passer un test de personnalité.
-
si vous le désirez monsieur Alfrédi, psychologue du travail, graphologue et expert en lettres de motivation…
-
Non merci ça va aller, je crois que je n’en ai pas besoin, je me connais suffisamment bien, je ne vois pas ce que cela pourrait m’apporter dans ma recherche de travail.
-
Comme vous voulez, répondit Lionel.
J’étais soulagé.
L’égoïsme maladif.
Mademoiselle Natacha Leclerc prit le relais
-
Vous avez apporté un exemplaire de votre CV ? Lui demanda Lionel.
-
Oui, j’ai même déjà ajouté les deux magnifiques années d’expériences chez Cartatex. Dit-elle non sans ironie.
-
Tu n’as pas l’air très convaincu par ce que tu dis ?
-
Y a que j’en ai un peu marre de la vie parisienne. Toute cette apparence et ces supposés compétences que seul le diplôme est censé faire ressortir. En dix ans d’expériences professionnelles, jamais je ne suis tombée aussi bas que chez eux. Même en province on me donnait des missions et des responsabilités. Je suis montée à la capitale en me disant que je trouverais quelque chose de plus. Tu parles ! Autant pisser dans un violon en sirotant un jus de fruit de la main gauche tout de suite ! Nada ! Que dalle ! Deux ans à faire des billets de trains et des réservations d’hôtels, je vais vous dire que dès que j’ai entendu parler du plan social je me suis arrangée pour être sur la liste des partants.
-
Concrètement qu’est-ce que vous cherchez ?
-
Ce que je cherche ? A m’extirper du secteur de l’assistanat. Parce que je crois que c’est bon, j’en ai fait le tour. J’avais fait une demande de formation par le biais d’une formation financée par Cartatex pour récupérer un niveau baccalauréat plus trois, mais elle a été refusée. Soi-disant que j’avais fait ma demande trop tard. Tu parles, la nièce du directeur, fichue boite familiale de merde, a eu la même idée que moi, deux mois plus tard, et évidemment, c’est sa demande qui a été retenue !
-
Vous avez réfléchi un peu aux domaines dans lesquels vous souhaiteriez vous orienter ?
-
Ouais, les nouvelles technologies de l’information m’intéressent assez, la publication assistée par ordinateurs, des trucs comme ça. Je suis déjà en train de faire des démarches pour savoir combien ça coûterait.
-
Vous savez que Cartatex vous alloue à chacun la somme de cinq milles unités pour effectuer des formations.
-
Ouais, je sais, et je compte bien m’en servir au maximum, vous pouvez compter sur moi !
-
Bon, si je me mets dans la peau d’un recruteur, à la vue de votre curriculum vitæ, ma première impression est que vous semblez relativement instable. En dix ans vous avez changé presque six fois de société.
-
C’est le cercle vicieux, vous commencez avec de l’intérim parce qu’on vous dis qu’en tant qu’assistante vous êtes sûr de trouver tout de suite un emploi, et puis, de fil en aiguille, les missions s’enchaînent, toujours à l’identique, et prise dans le mouvement, on ne réalise pas tout de suite que les années passent et avec elles les perspectives d’évolutions de carrière, ah moins de rencontrer le directeur, beau, jeune et célibataire, ah ! ah ! ah !
-
Et ils étaient tous à chaque fois mariés j’imagine ?
-
Ouais et en plus vieux, moches et gros, beurk ! Alors j’ai décidé de monter sur Paris. Mon exode rural à moi. Et voilà la claque en pleine figure que je viens de me prendre en deux ans. Tant et si bien que j’ai plus qu’une seule envie, retourner en province, quitter cette ville d’abrutis, où il faut poser son diplôme sur la table avant de pouvoir s’exprimer et être écoutée.
-
Tu trouves que c’est comme ça ?
-
Mais attendez, je l’ai vécu de cette manière là chez Cartatex, où des gens au-dessus de moi étaient de véritables incompétents qui se trouvaient à ces places parce qu’ils avaient le diplôme qui allaient bien et les relations adéquates.
-
Pas chez les techniques quand même ?
-
Non, je vous parle de ce que je connais, la communication et le marketing.
-
Oui je suis déjà au courant. Monsieur Barnabé Derliche m’a exposé la situation, Cartatex, entreprise familiale…
-
Exactement !
-
Bon et bien en tout cas je constate que vous avez de l’énergie et de la volonté, c’est plutôt positif lorsque l’on commence une recherche d’emploi.
-
Effectivement, c’est le moins que l’on puisse dire. Je suis remontée comme un ressort ! Bien décidée à commencer le plus rapidement possible une formation. J’en ai ma claque de faire du standard.
-
Je vous comprends. Et puis vous avez raison de vouloir profitez de l’argent mit à votre disposition.
-
Comptez sur moi pour épuiser la bourse que l’on m’a octroyée !
-
Très bien, mademoiselle Leclerc, je crois que l’on va en rester là pour aujourd’hui.
La porte du bureau de Lionel s’ouvrit.
-
voulez-vous passer un test ? Lui demanda Lionel.
-
Un test de quoi ?
-
De personnalité !
-
Euh – elle réfléchit - Non, pas maintenant, je n’ai pas le temps, plus tard peut-être.
-
Comme vous voudrez, sachez que Monsieur Alfrédi – Lionel me désigna – est psychologue du travail, graphologue et expert en tests et en lettres de motivations, il s’occupera de l’accueil de la cellule de l’emploi et il sera à votre disposition. Vous verrez c’est un vrai pro !
Elle me regarda d’un air curieux.
Je ne savais plus où me mettre devant l’énumération à rallonge de mes soit- disantes multiples compétences. Je me contentai d’acquiescer de la tête. Lionel pensait peut-être qu’avec mon costard il pouvait charger la mule au maximum. J’étais présentable, alors, allez-y gaiement les gars, la porte des exagérations était grande ouverte, il fallait en profiter. Et dire qu’à présent, il me fallait assumer tout ça.
La journée passa et les candidats se succédèrent. A chaque fois c’était la même chose. Les yeux dans le classeur, je stressais, les regards introspectifs des candidats attendant leur tour convergeaient vers moi, Lionel, le messie, arrivait tel Zorro, laissant place au soulagement.
L’attribution causale.
A la fin de la journée j’allais trouver Lionel pour lui dire :
-
mais tu ne te rends pas compte de ce que tu leur à dit à mon sujet ou quoi ?
-
bien sûr que si, tu es un pro, tu me l’as dit toi-même ce matin dans la voiture !
-
je t’ai jamais dit ça, je t’ai simplement raconté que j’avais passé quelques jours à potasser les rudiments…
-
et alors c’est bien ce que je dis, où est-ce que je me suis trompé, vas-y dis le moi ?
-
tu ne trouves pas que tu as chargé un peu trop le bestiau quand même !
-
parce que tu crois que je pouvais décemment leur dire, à tous nos charmants candidats, que je venais d’embaucher un copain psychologue, dans la panade professionnelle, qui n’a aucune expérience en reclassement de personnels.
-
non c’est sûr que vu comme ça, non, tu as eu raison, mais quand même, tu n’avais pas à disproportionner mes compétences !
-
bon d’accord j’ai peut-être un peu forcé sur la dose mais je suis sûr que tu vas t’en sortir avec les honneurs.
-
si tu le dis, en attendant il va me falloir approfondir mes lectures et illico presto !
-
tu vois, je savais que tu comprendrais !
-
je comprends surtout que tu m’as mis dans de beaux draps avec ton bluff ! J’aurais préféré distiller moi-même mes connaissances aux moments opportuns, mais non, tu en as décidé autrement. Tu as menti à tous les candidats afin d’embellir ta société. Ce n’est pas très malin car ça risque de te retomber dessus si je ne fais pas le poids !
J’étais dans une position très délicate. J’allais devoir faire mon possible pour être l’homme de toutes les situations. Pour que ce costume me donne comme de l’assurance. J’aurais été nettement plus à l’aise en jeans. L’habile, les moines, je n’avais fait aucun serment, prêté allégeance à personne. Je me trouvais ridicule.
-
arrête de t’en faire Michel, puisque je te dis que ça va bien se passer.
-
C’est facile à dire pour toi ! Tu es dans le « business » depuis presque cinq années !
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Oh, tu sais, le reclassement c’est quelque chose de nouveau pour moi aussi.
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Peut-être mais tu possèdes déjà une indéniable aisance relationnelle…
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Effectivement, certes, mais bon, c’est comme tout, ça se travaille, et tu vas avoir tout le temps nécessaire pour y parvenir toi aussi, fais moi confiance.
Le soir même on allait visiter les locaux qui abriteraient la future cellule de l’emploi. Elle se situait en banlieue, à Montrouge. Elle devait être prête pour dans deux jours. Lorsqu’on arriva sur place ce fut une grande surprise.
Dans la salle d’environ vingt mètres carrés rien n’était prêt. Si ce n’était les dizaines de fils électriques multicolores qui courraient partout sur la moquette bleue et les quelques emballages en carton, il n’y avait rien. Ça ressemblait plus à un grand cagibi. François, le propriétaire des lieux nous certifia :
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Ne vous inquiétez pas, tout sera prêt à temps.
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J’espère bien ! Enchaîna Lionel, un peu douteux.
Visiblement les lieux lui convenaient. Et puis de toute manière c’était le seul endroit qu’il avait trouvé à un prix plus que raisonnable. Lionel optimisait sur tout.
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de chaque côté du mur je vais te mettre trois postes informatiques avec chacun un téléphone, poursuivit François.
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Hum, hum, d’accord, il nous faudra aussi un fax et une imprimante
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Pas de problème, tu les auras.
Lors de ma recherche d’emploi, j’avais eu l’occasion de me rendre dans une société spécialisée dans le reclassement de personnel. C’était dans le neuvième arrondissement parisien. Tout un immeuble. Le hall d’entrée très classe à l’instar de celui d’un hôtel grand standing. Il y existait une dichotomie selon le niveau des personnes. Un étage était dévolu aux salariés de bases et aux techniciens, et un autre pour les cadres. La qualité des prestations selon cette division était à part. On trouvait pléthore de ressources chez les cadres contrairement aux salariés. A statut différent, prestation différente, les chercheurs d’emploi issus d’un plan social n’étaient pas logés à la même enseigne. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi une telle situation. Sur le marché du travail un simple salarié valait moins qu’un cadre. J’avais du mal à comprendre le système de valeur. Comme un « apartheid » professionnel. Il ne fallait pas mélanger les serviettes avec les torchons.
A côté des locaux de cette société, le lieu de notre cellule de l’emploi faisait pale figure.
Lionel s’en fichait.
Pour lui le principal avait été de dénicher un endroit. Et peu importe si l’adresse dénotait avec celle d’Advance Consulting. Tout s’était tellement précipité que Lionel n’avait pas eu le temps de prospecter correctement.
Au fur et à mesure que cette mission avançait je me demandais de plus en plus si Lionel était quelqu’un de sérieux. Certes, il se battait pour sa croûte, mais je le trouvais un peu « je m’en foutiste » tout de même.
Il semblait plus s’occuper de la forme que du fond. Seules les apparences l’intéressaient. Une vitrine sans boutique. Ce n’était pas que je voulais jouer les ingrats puisqu’il me donnait ma chance, non, c’était plutôt que je me mettais à la place des candidats pleins d’espoirs face à son bagout mensonger. Comment allais-je réussir à faire semblant avec toutes les qualités que Lionel m’avait attribué ?
L’ésotérisme du superlatif.
Je n’avais pas assez et mal dormi.
Je cherchais tant bien que mal à rédiger les profils des personnes qui avaient passé le FCDC. Pour ce faire, Lionel m’avait donné la brochure qui comportait tous les profils détaillés.
Lionel m’avait dit de ne pas m’en faire. Il m’avait dit de me contenter de faire des photocopies des différents profils et de les donner aux candidats concernés sans aucune explication.
Lionel partait du principe que tout y était expliqué et que par conséquent ça ne servait à rien de tergiverser sur le sujet.
Je trouvais sa méthode peu déontologique pour un psychologue qui se respectait. Avait-il oublié c’est années sur les bancs de la fac ?
Chaque administration de test devait déboucher sur un bilan personnalisé à l’oral.
Sa démarche aboutissait à dévoiler le matériel à l’usage exclusif des personnes habilitées à administrer des tests. Chez Advance Consulting, ni Lionel, ni Benjamin et encore moins moi n’avions la certification requise pour cela. On le faisait quand même. Lionel avait déniché, par quel moyen, des feuillets de passation du FCDC ainsi que le livret explicatif. Lionel s’en servait. Advance Consulting gagnait ainsi en crédibilité.
Il me donna carte blanche pour rédiger les commentaires.
Dans les transports en communs je poursuivais tant bien que mal mes élaborations de profils. Je stressais à mort.
La journée se déroula de la même manière que la veille. Le ballet des candidats continuait et avec lui l’administration du FCDC.
Ce test ressemblait plus à un produit marketing qu’à un véritable outil d’analyse. Quatre-vingt-huit questions qui prétendaient arriver à dresser un bilan exhaustif de la personne.
Le FCDC se vantait d’être une élaboration issue des quatre grands types de caractère décrit par Karl Gustav Jung. Ça ressemblait plus à du charlatanisme.
Je m’aidais du manuel pour parvenir à rédiger les profils. Et chaque fois la même impression apparaissait : ça ressemblait plus à un horoscope qu’autre chose. Du bricolage, voilà ce que je faisais. Je piochais une phrase par-ci, une autre par-là, j’arrondissais les angles moi, spécialiste en tests de personnalité, mais dans quelle situation je venais de tomber ! Je ne voulais pas être jugé, aussi, j’espérais que la plupart des candidats n’avaient jamais déjà eu à faire à un test de personnalité.
Le baptême de l’air.
Et puis un beau jour, devant l’ordinateur, assis confortablement devant l’un des postes informatiques de la cellule de l’emploi de Montrouge, je commençais véritablement dans mon nouveau travail, avec déjà pas mal de pains sur la planche, tous ces tests pipotronniques…
François avait tenu sa parole. Tous les desiderata de Lionel avaient été exhaussés. Cependant, dès les premiers instants d’occupation de l’espace, je trouvais qu’il manquait juste un petit détail de la plus grande importance : de quoi faire du café.
On était toujours à trois années lumière des locaux de la société de reclassement de personnel que je connaissais. Ça ressemblait plus à un mini centre d’appel qu’à une véritable cellule de l’emploi. Mis à part les postes informatiques et les téléphones il n’y avait aucune ressource. Pas de presse spécialisée.
Tous les candidats allaient être logés à la même enseigne, qu’ils soient cadre ou simple salarié. Comment le mélange serait perçu ? Je me disais que dans l’affolement général, le stress occasionné par le plan social, les personnes ne seraient pas regardantes quant à la pauvreté de la prestation que leur apportait Advance Consulting.
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bon alors est-ce que ça te plaît ? me demanda François.
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C’est plutôt aux candidats qu’il faudra demander ça ! répondis-je.
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J’ai installé ce que Lionel désirait, ni plus, ni moins.
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Je vois ça.
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Tiens, viens je vais te montrer la salle de réunion.
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Je te suis.
On traversa un couloir jonché de carton en tout genre.
La salle de réunion était assez luxueuse comparée à la cellule de l’emploi. Elle se composait d’une vaste table en bois et de fauteuils en cuir couleur crème. Elle dénotait. Elle donnait l’impression qu’il s’agissait d’une erreur. Personne ne pouvait imaginer qu’un tel endroit puisse exister dans un tel lieu. Enfin un point positif dans cette mission : la salle de réunion.
Alors que nous regagnions la cellule de l’emploi François me dit :
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Faudra me prévenir à l’avance à chaque fois que vous voudrez l’utiliser, d’accord ?
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Oh, moi, tu sais, je ne suis pas tellement au courant de la manière dont ça va se passer. Je suis juste tenu de m’occuper de l’accueil et d’aider les candidats dans leurs démarches de retour à l’emploi. je vais demander à Lionel de t’appeler pour qu’il t’explique en détail le déroulement des opérations.
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Entendu !
Et puis je m’installais devant un ordinateur de la cellule de l’emploi. Il y avait une vingtaine de personnes à reclasser. Je me demandais comment on ferait si plus de cinq candidats arrivaient en même temps afin d’utiliser les ordinateurs et les téléphones. Je céderais ma place au sixième mais les neuf autres ? Ils seraient contraints d’attendre patiemment leur tour debout.
Il paraissait évident que je m’inquiétais trop de la situation. Je devais écouter Lionel. Si on l’écoutait, ça semblait opérationnel à souhait. La seule chose qui comptait pour lui c’était de récupérer l’argent du plan social et d’en investir le moins possible dans la structure d’accueil. On pouvait dire qu’il y était parvenu avec aisance.
Seul, j’attendis toute la journée. J’écrivis un courrier électronique dans lequel j’invitais tous les candidats à venir profiter des services de la cellule de l’emploi. Puis je continuais à rédiger les profils de celles et ceux qui avaient rempli le FCDC. Je cherchais sur internet des solutions toutes faites pour y parvenir le plus facilement possible. Des idées, des suggestions afin de personnaliser mes comptes rendu. Je n’en trouvais pas beaucoup. Systématiquement le FCDC était décrit trop succinctement. Je n’arrivais pas à mettre la main sur des exemples de rédaction de profil.
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Alors, tu n’as pas beaucoup de client aujourd’hui, me lança François,l en rigolant.
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Comme tu dis, c’est plutôt calme.
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Le calme avant la tempête !
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Arrête, tu veux me faire peur ou quoi.
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C’est la première journée, c’est normal.
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Disons les choses comme ça.
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Tu ne t’ennuies pas trop ?
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Non, c’est très bien comme ça. Qu’il y ait personne ne me dérange pas dans la mesure ou j’ai beaucoup de choses à faire aujourd’hui, je lui montrais les tests.
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Qu’est-ce que c’est ?
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Des tests de personnalité remplis par des candidats. Je dois les analyser pour élaborer des comptes rendu.
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Tu parles d’un travail !
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Surtout quand c’est la première fois ! C’est un peu comme si on me lâchait pour la première fois en parachute sans instructions préalables. Je suis sensé savoir tout faire et pour y parvenir je dois me démerder.
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Le baptême du consultant en somme !
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Le bizutage serait plus à propos je trouve.
François me donna un double des clefs et m’expliqua la procédure à suivre pour brancher l’alarme et fermer les locaux. Ensuite il partit. Dans la cellule Je me retrouvais seul avec mes analyses de tests, avec une liste de sociétés « corporate » à mettre en place, des annonces d’emploi à dénicher parmi les différents sites internet. Autant dire que j’avais du pain sur la planche. Pas vraiment le temps de me reposer.
Le domaine de Tantale.
Le lendemain mon message de bienvenue dans la cellule de l’emploi de Montrouge avait porté ses fruits. Natacha Leclerc fut la première à passer le pas de la porte et à s’installer devant un poste informatique. Naturellement elle avait brisé la glace du vouvoiement.
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Bonjour Michel, tu vas bien ?
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Oui ça peut aller, je suis juste un peu fatigué.
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Ah bon, moi j’ai la pêche. Je suis prête à en découdre avec les recruteurs.
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A la bonne heure, c’est bien comme état d’esprit, au moins tu es battante. C’est très important dans une recherche d’emploi d’avoir le moral.
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Je suis la première ?
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Tout juste, la première des candidats. Tu inaugures les lieux.
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Personne n’est passé hier ?
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Non, pas un chat ! Je suis resté seul parmi les ordinateurs.
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Tu ne t’es pas trop ennuyé ?
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Oh que non, j’ai une tonne de choses à faire figure toi.
J’étais passé aux locaux de Advance Consulting pour y réquisitionner la machine à café. Puis, dans un supermarché dans lequel j’avais investi, avec mes deniers, dans du café arabica, du sucre, des cuillères en plastique, des gobelets et deux boites de galettes bretonnes. Bien sûr cela ne rentrait pas vraiment dans le rôle d’un consultant en reclassement mais cela permettrait de tempérer mes lacunes lorsque les candidats arriveraient. Je me disais qu’en les accueillant de la sorte ils seraient plus dociles et moins agressifs.
Natacha m’exposa sa problématique. Elle désirait faire la jonction entre maintenant et le début de sa formation par un contrat à durées déterminées. Si possible dans le tertiaire et avec un salaire au moins équivalent à ce qu’elle touchait chez Cartatex. Autant dire que ça n’allait pas être du gâteau. Chacun devant un ordinateur on commença la recherche.
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Regarde cette annonce, on recherche une assistante de direction en CDD de six mois pour 2500 euros. Ce n’est pas ce que tu recherches ?
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Quoi ! 2500 euros pour faire de la l’assistanat, hum, c’est louche ton truc, fais moi voir ça de plus près, suspicieuse.
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Tiens.
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Entreprise de quatre personnes cherche une assistante en CDD pour assurer le secrétariat de directeurs, y a un truc qui cause bizarre ?
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Ce n’est pas ce que tu veux, un CDD de six mois !
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Si, mais attends, je veux bien, mais une annonce comme celle-là, excuses moi, mais y a comme qui dirait éléphant sous cailloux ! C’est tout juste s’il n’y a pas marqué entre les lignes, à côté de Word et Excel, que vous maîtrisez la position horizontale.
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Et de ramasser les stylos des directeurs qui tombent malencontreusement plus que la moyenne sous leur bureau. Je lançais à la cantonade.
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Voilà, t’as tout compris. Et puis si ce n’est pas ça, c’est de l’annonce vitrine, du vent, avec rien derrière.
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Dans le but de se consister une CV thèque ?
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Voilà, exactement, alors je ne vais pas perdre mon temps à répondre à ce genre de truc, j’ai autre chose à faire !
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Bien sûr ! Bon, sur ces bonnes paroles, je vais faire du café.
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Bonne idée !
Candide dans le domaine, je n’avais pas analysé de la même façon l’annonce. Pour moi elle semblait opérationnelle |