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Rendez-vous compte qu’il fallait à ce pauvre bougre deux bonnes semaines, à raisons de trois heures de lecture quotidienne, pour venir au terme de Oui Oui à la ferme.
- Il faut que je trouve une solution, les autres y arrivent, pourquoi pas moi ? se disait-il cent fois par jour jusqu’à ce qu’un beau jour…
Alors qu’il parcourait les magazines littéraires à la recherche d’indices et d’informations pour parfaire sa lecture, il tomba sur une méthode suédoise adaptée au français. Sur la couverture de l’ouvrage figurait la formule écrite en gras : Lisez les mille et une nuits en deux heures trente chrono. Et puis en plus petit, plus bas : Résultats garantis en cinq jours !
- Cinq jours, hmm, il considéra le livre, le nombre de pages, son poids, un peu perplexe il enchaîna au vendeur, je le prends !
Lui qui pensait que la lecture de la méthode allait prendre des mois, il se rendit compte qu’il progressait avec aisance dans le cœur de l’ouvrage tant et si bien qu’il ne lui fallut que quatre jours pour le refermer, lu en entier. Il décida alors, puisque le livre disait vrai, en cinq jours, de se farcir les mille et une nuits sans y passer trois ans non plus. Il avait fait quatre là où il pouvait faire cinq, il devait faire mieux que deux heures trente.
Effectivement, bien calé dans son sofa, il démarra sur les chapeaux de roue et il dévora les contes en une heure cinquante huit minutes.
Il se mit à fréquenter les bibliothèques.
- J’ai envie de lire, hmm, le meilleur endroit pour lire, hmm ?! Il passa devant un panneau qui indiquait la bibliothèque municipale. Voilà ! A la bibliothèque municipale ! Là-bas je vais pouvoir lire ce que je voudrais, s’enjoua-t-il.
Très vite, il se mit à fréquenter assidûment ces endroits. Il se mit à jongler avec, comme d’autres jongles entre les bars et les dancings. Il jonglait entre elles pour lire toujours plus. Il partait à l’étranger aussi. --- Ah oui, je ne vous avais pas dit, notre héros est polyglotte, cela lui permet de lire autre chose que des traductions parfois un peu trop pas assez fidèles. ----
Il déambulait même dans les universités, toujours à la recherche de la nouveauté, quel que soit son domaine, tout l’intéressait à présent qu’il savait lire vite.
Il lui fallu seulement dix jours pour venir à bout des différentes bibliothèques qui parsèment le campus du MIT dans le Massachusetts. Il lisait. Il n’arrêtait plus de lire.
- La méthode est vraiment efficace, songa-t-il entre deux superloques de Jarry, rudement même, si j’avais su ça plutôt, je serais presque en vue de la fin !
Il alla au salon du livre, assoiffé de chair fraîche. Le temps d’un café et il avait terminé les cinquante deux livres qu’il ne connaissait pas, puis il partit, sa curiosité satisfaite, se descendre un distingué sur le premier zinc qui croiserait sur son chemin.
C’est qu’il avait bientôt fini de lire tout ce qu’il y avait à lire sur la planète. Il regrettait beaucoup Alphonse Allais, comme il se demandait bien si les crabes étaient toujours aussi nombreux du côté de Bunker Hill.
Il lisait absolument tous les livres et rien que des livres. Bien sûr, certaines lectures, sans intrigue, sans rebondissements, trop commerciales, pas assez abouties, sans style, certaines lectures l’ennuyaient.
Heureusement, il lisait vite, toujours plus vite, tant et si bien qu’un beau jour les écrivains lui parurent lents. Il s’ennuyait énormément avec seulement un quart d’heure de lecture par jour, alors, il décida, comme une grivoiserie de Maupassant l’agaçait, de ralentir la cadence. Aucune indication à ce sujet ne figurait dans le manuel de la méthode. Comment allait-il faire ?
L'information se trouvait forcément dans sa mémoire puisqu'il avait tout lu.Sa récupération allait allégrement prendre un certain temps. Cette idée l’agaça encore plus mais il n’avait guère le choix s’il voulait mettre le pied sur le frein. Il termina le degré zéro de l’écriture et se rendit compte que même s’il n’avait pas de chien stupide pour retenir la bête comme un diable au paradis, il suffisait simplement de consommer de l’herbe rouge sans changer de décor dans ce jeu de société.
- Finalement la récupération a été plus rapide que je ne l’avais estimée, tout surpris en reposant les dialogues de bêtes sur l'origine des espèces.
Alors il se mit à regarder à travers la vitre, à chercher dans son existence tranquille, les souterrains, les mille et un meilleurs des mondes, avec un peu d’air frais, quelques mots, comme un récit qui donne un beau visage.
- De l’herbe rouge ? Où est-ce que je vais bien pouvoir dénicher un truc pareil ? Hmmm, Ce n’est certainement pas en passant le plus clair de mon temps dans les bibliothèques… Et dire que cet ingrédient est essentiel pour mon sevrage de lecture rapide ! Mais où alors ?
L’angoisse le prit. Du chiendent, la lecture l’appelait, risibles amours se languissait sur le bout de canapé, mais il luttait car, dorénavant, il avait décidé que la vie était ailleurs.
- De l’herbe rouge ? Par ma chandelle verte, où cela peut-elle donc être ?
Le temps de cuire un œuf sur le plat et il relut toute la médecine traditionnelle chinoise.
- La logique du vivant veut que cela existe bien quelque part sur la planète, tout de même ! Je n’ai plus qu’à tout relire, décidément ma mémoire me joue des tours !
Il se mit à chercher, encore et toujours, jusqu’à ce qu’enfin, un beau jour, il réalise qu’il s’était fixé un nouvel objectif et que finalement, lire vite s’avèrait très pratique pour effectuer sa recherche.
FIN. |
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