| Bulle de terre et bulle de fer | |||||||
| 18
h 30 dans une gare parisienne, Le train allait bientôt partir et
dans le compartiment tous les pendulaires étaient occupés
sagement, après une journée de travail, à rêvasser,
à élaborer mentalement leur repas, à bouquiner. La sonnerie sur le quai retentit suivie de près par le signal de la fermeture automatique des portes. C'est l'instant que choisit un grand gaillard pour bondir dans la voiture. Tout de noir vêtu, des santiags et un baladeur qui diffusait clairement de la musique de jeunes énervés, Il vint s'assoir à une demi banquette de moi. Bambambam ! tikitac ! bambambam ! tikitac !... Le rythme électrique qui envahissait mes esgourdes perturbait ma concentration. J'étais un peu agacé par ce geste généreux de partage altruiste. Aïe ! pensais-je en fermant mon bouquin, je crois que c'en est fini pour ce soir. Un cailloux venait d'être jeté dans la mer de la tranquillité ! Ca toussait, ça soufflait, ça gesticulait brutalement. Tout le monde dans le compartiment semblait ressentir la même gène. Comment allions-nous manifester notre mécontentement ? Fallait avouer qu'il était assez imposant, le genre de gabarit un peu intimidant lorsque l'on a préféré le ping pong au judo au cours de sa scolarité ! Personne ne bronchait ! Apparemment, le compartiment devait être rempli de joueur de ping pong ?! Maugréant chacun dans son coin, tout le monde subissait passivement le déversement des hurlements parfaitement audibles ! Alors que je me contentais de contempler les spendeurs de la banlieue qui s'offraient à mes yeux, je sursautai lorsque le perturbateur se mit à gesticuler dans tous les sens en braillant une rafale de mot d'oiseaux ! A la fin de son énumération animalière exhaustive, les bambambams tikitacs avaient disparu de notre environnement sonore. Sur le moment, on a bien cru qu'il allait s'en prendre à quelqu'un dans le compartiment tellement il était furieux contre son baladeur. Les piles venaient de le lacher. Les sourires complices de soulagement allèrent bon train dans l'assistance et chacun reprit son activité d'avant le bouleversement. Il déchira son sac à dos plus qu'il ne l'ouvrit, et y balança les écouteurs et le baladeur. Il nous regarda d'un air mauvais. Je peux vous dire qu'à ce moment personne n'a moufté. Tout le monde est resté plongé dans sa lecture sans demander son solde de tout compte. on sentait bien qu'il était à la limite de l'explosion. il plongea une main dans une poche de son blouson. Nous étions terrorisés rien qu'à l'idée qu'il ait pu avoir un paquet de piles de rechange. Un grand ouf silencieux émergea sur les visages du compartiment lorsque sa main réapparut avec un chewing gum. Nous allions retrouver la tranquillité tant convoitée ! le répit fut de courte durée. Le chewing gum en bouche déclara l'ouverture officielle, dans la voiture 1 du train de banlieue numéro 1453, d'un festival de machouillis, greun greun, et de claquement de bulle, paf clac ! Anéantis ! Nous étions anéantis. Le chewing gum ne tomberait pas en carafe comme le baladeur. On espérait qu'une seule chose, qu'il attrape une crampe le plus vite possible !! |
|||||||
| Menu bric à brac | |||||||
| Menu archaïque | |||||||
| Menu bric à brac | |||||||
| Menu archaïque | |||||||