Au restaurant...
 
...Finalement on échoua au café de Marrakech. On préférait la semoule au riz basmati. Il devait être 20 heures passées, nous étions sur le point de tomber à cause du froid et de la faim. Le cadre était sympathique. Juste ce qu'il fallait de décoration pour que cela ne donne pas l'impression de vide ou de surchargé. Les banquettes étaient confortables. On se disait que nous allions enfin pouvoir nous alimenter en toute tranquillité. Le serveur semblait très préoccupé par le fait de ne commettre aucune erreur. Peut-être qu'il venait de commencer ce travail récemment ?! Sa naïveté et ses petites tournures de phrases toutes faites, biens polies et dignes d'un palace, avaient le don de me faire sourire. A peine étions nous assis que je m'empressais de lui demander s'il n'était pas possible d'avoir un mouchoir en papier; avec le froid j'avais le nez complétement pris et je craingnais pour moi comme pour mon entourage d'avoir à éternuer sans mettre mouché au préalabe. Quelques secondes plus tard j’avais ce que je désirais. La vraie vie de château !
 
Je crois que tous les trois nous étions satisfaits de l'endroit où nous nous trouvions et que le couscous, une fois servi sur la table, serait comme une véritable bénédiction. Mais, avant tout, le traditionnel apéro : un whisky et deux martini blancs. Ils furent accompagnés des indispensables gnognottes généreusement offertes dans la plupart des restaurants marocains. Des bouts de carottes épicées, des pois chiches piquants et des olives vertes croquantes. Ah si seulement il existait la même coutume dans les restaurants traditionnaux francais. Ca serait vachement sympa d'arriver dans un endroit et de se voir servir des rondelles de saucisson ou d'autres morceaux de charcuterie. Mais arrêtons de rêver !! La charcuterie coute quand même bien plus chère que de simples morceaux de carottes !!
 
Bref ! La clope qui allait bien à la main, on se régalait tout en sirotant notre apéro. Il faisait tout juste chaud dans le restaurant, nous étions les seuls clients, et qu'est ce que l'on était bien. De temps en temps comme pour savoir si le jeune serveur s'exécutait correctement, un homme proche de la sagesse, surement le patron, venait nous voir et nous demandait : Est- ce que tout va bien ?! Oui merci beaucoup, c'est parfait, lui répondions-nous en coeur !
 
Les verres étaient presque vides. Le serveur, à l’affût, arriva et commenca à les retirer de la table. Xavier s'exclama par un hop ! hop ! hop ! pour montrer qu'il n'avait pas encore terminé son whisky. J'en profitais pour récupérer mon martini qui avait déjà attéri sur le plateau afin d'en finir aussi avec la dernière goutte. Le serveur fut un peu confus. Mais comme il nous voyait en rigoler il se déraidit un peu. Je pense qu'après la soirée, dans sa chambre, il a du se repasser cette scène dans sa tête afin de déterminer le moment, la faute qu'il a commit et qu'il faudra qu'il corrige rapidement pour ne pas récidiver. Si par malheur cela se reproduisait je ne veux pas imaginer ce qu'il serait capable de faire. Peut être qu'il s'immolera ?! Qui sait ?! Enfin bref. L'apéro a été débarassé. Il nous a apporté la bouteille de rouge marocain que nous avions choisi. Je ne me souviens plus du nom mais je me souviens seulement qu'on ne commanda pas sa petite soeur. On a eu suffisamment de mal à la terminer. De la pure piquette comme on sait aussi en faire en France. Heureusement que le couscous et le tajine furent à la hauteur de nos espérances. On avait vraiment la dalle. Il nous fallait quelque chose de solide. Un genre de pansement stomacal qui nous soulagerait. On était encore tout seul dans le bistrot de Marrakech. Il y faisait tout juste chaud. Par rapport au froid qui regnait dehors on était bien sur nos banquettes. On était en vacances. L'esprit roots, bitniks, hippies avec des cartes bleues en plus. Et surtout on était implicitement motivé par le fait de ne pas se prendre la tête avec des comptes d'apothicaire tout le long de notre séjour.
 
      Les couscous et le tajine arrivèrent. Il était temps. Trois belles assiettes blanches furent apportées par notre désormais ami le serveur. Il commenca par servir la merguez à Xavier. Et, à cet instant, dans l'assiette encore vierge de tout, un vieux poil de bite vint focaliser le regard de tout le monde. J'ai failli m'éclater de rire. Alors que le serveur allait déposer la merguez dans l'assiette blanche, ce poil, on ne voyait que lui. Brun et bien frisé à souhait mais d'où pouvait-il bien sortir ?! Le serveur qui a mon avis n'avait pas pu ne pas le voir ne su pas quoi dire. Je ne sais pas si Xavier l'avait vu mais heureusement Claire afin de détendre l'atmosphère reprocha gentillement à Xavier d'éviter de mettre des cheveux dans son assiette. Le fait est que Xavier avait une tignasse suffisamment conséquente pour que ce genre de phénomène se produise. Cela nous valut une petite crise de rire avant de savourer notre repas. La merguez, les keftas, les légumes, le bouillon, la semoule...On se régalait. On avait tellement les crocs que l'on appréciait pas à sa juste valeur ce que l'on avait devant nous. A ce moment là il y eut des nouveaux clients qui rentrèrent. Enfin il allait faire plus chaud. En rigolant je disais à Claire et à Xavier qu'il faudrait qu'ils respirent souvent pour que le restaurant arrive à une température agréable. 
Le service qui jusqu'à présent était aussi rapide que l'éclair, faisant s'envoler les poils de bite qui trainent par terre, devint un peu plus lent. Et ce n'était pas vraiment un mal. On calait. Dès le début j'avais enlevé mon premier bouton de jeans afin de me mettre dans les meilleures conditions qui soient pour me régaler. Il me semble qu'au milieu du couscous j'en ai enlevé un deuxième. Xavier, quant à lui, était bien emmerdé. Ses jeans étaient déjà une à deux tailles au dessus. S'il décidait de déboutonner il finirait à coup sur cul nu. Nous savions tous que cela ne le dérangerait pas plus que ça mais quand même il se retenait, nous étions à table et avions eu notre dose de poil en tout genre. 
Une petite cigarette pour pousser un peu tout ce que nous venions d'ingurgiter. Il s'agissait d'un repas gastronomique prit par trois morfalous. Lorsque le serveur nous demanda si nous désirions un dessert nous lui répondîmes que l'on ne savait pas trop et que pour le moment on se concentrait sur la descente. Il n'était pas encore question d'avaler quelque chose d’autre. Je croyais que j'allais exploser. Avec le froid qu'il faisait dehors je ne voulais pas avoir à atteindre la voiture en caleçon. A moins qu'il ne me prête une ficelle pour faire tenir mes jeans ?! Une petite clope et quelques minutes semblaient nécessaire afin de ne pas trop brusquer notre digestion. Le service était devenu moins rapide depuis que d'autres clients étaient rentrés dans le restaurant. Ouf...Ouf...Ouf...Un peu de repos qui ne pouvait nous faire que du bien. Ce n'est pas que l'on se sentait mal à l'aise mais pas loin. J'avais trop mangé. Je m'étais goinfrer. Je le sentais. Je n'aime pas vraiment être dans cet état. Je débordais presque sans pour autant avoir envie de tout dégobiller partout. Ce qui était à la limite bien dommage car cela m'aurait certainement bien soulagé le ventre. Il était prêt à éclater. Pour rien au monde je n'aurais souhaité me prendre un uppercut dedans. Je crois que cela aurait terminé de m'achever. On avait eu envie de se rassasier quelque part dans Limoges. On avait été servi, c'est le moins que l'on puisse dire ! 
il nous restait encore de la semoule dans le plat, Claire eu le malheur de la toucher, le patron la retira et revint trente secondes plus tard avec de la semoule toute chaude, et tout sourire il nous dit, allez ! allez ! la jeunesse ! il faut manger, il faut me finir ça ! On se serait presque cru dans un passage de l'aile ou la cuisse avec Louis de Funès. On a eu beau lui dire que nous n’y toucherions pas, que cela allait être gaché, rien n'y fit, il posa le plat avec la semoule fumante dedans. 
Bon, si ça peut lui faire plaisir, qu'il le pose son plat de semoule, on va regarder combien de temps il lui faut pour refroidir. Je pense que c'est un peu ce que l'on pensa. Moi qui raffole des desserts j'étais bien obligé de constater que cette fois j'allais déclarer forfait. Je ne pouvais plus rien avaler. Xavier n'étant pas trop dessert en temps normal, il n'était pas plus géné que ça, quelle chance ! Claire, quant à elle, ne voulait pas se laisser abattre si près du but. Elle porta son dévolu sur les maintenant  classiques profiteroles. Elle n'était pas arrivée à bout de son tajine, elle l'avait joué stratégique, se réservant encore une petite place pour assouvir son péché mignon. Xavier et moi on se contenta d'un coutumier thé à la menthe. Je ne pus résister à l'envie d'aider Claire à finir ses profiteroles. Elle dégusta également un petit thé. Le troc fonctionnait très bien à notre table. 
Voilà, ça y était, nous étions plus que repus. Et dire qu'il nous fallait encore affronter le froid jusqu'à la voiture pour ensuite se concentrer sur les hotels économiques que l'on croiserait. Aïe aïe aïe, c'était pas encore gagné. Une petite marche ne nous ferait absolument pas de mal. Je pense même que si nous avions était à deux pas de la chambre d'hotel nous aurions flané un peu...
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