Si seulement la RATP avait fait grève !

 

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            Daniel est désespéré. Il est plus de dix-neuf heures trente et il n'a toujours pas passé le coup de fil de sa carrière. Pourtant, la personne qu'il doit contacter lui avait bien précisé la veille de l'appeler demain à dix-neuf heures pile. Déambulant dans la capitale il cherche une cabine téléphonique de libre, mais en vain. Il n'arrive pas à comprendre ce qui se passe autour de lui. Pourquoi soudainement au moment où il a besoin d'appeler tout le monde ressent aussi cette même nécessité. Que font tous ces gens dans la rue, accrochés à un combiné, alors qu'il y a tellement de chose plus intéressante à vivre. Timide, Daniel l'est ; aussi, il lui est impossible de s'imaginer frapper sur la porte vitrée d'une cabine pour demander à son occupant de se dépêcher. Si encore en plus de sa carte téléphonique il avait eu de la monnaie sur lui, il aurait pu passer son appel d'une cabine à pièces dans un café mais la malchance s'était vraiment abattue sur lui en n'omettant aucun détail.
            C'est au moment où il pensait à cette histoire de monnaie que devant ses yeux il vit une pièce s'échapper de la main d'une petite fille qui courait sur le trottoir. La fille ne se rendit compte de rien et Daniel en profita pour mettre la main dessus. C'était une pièce de deux francs, juste ce dont il avait besoin pour appeler d'un café.
            Pendant ce temps, la petite fille poussa la porte d'une boulangerie. Elle en ressortit une minute plus tard, les larmes aux yeux, criant qu'elle avait perdu sa pièce et qu'elle ne pouvait donc pas s'acheter ses quelques bonbons quotidiens. Les pleurs de la petite résonnaient dans la rue et Daniel, à peine entré dans un café, jeta un regard vers la petite fille et comprit immédiatement la cause de son chagrin. Regardant sa montre, il était presque vingt heures, il se sentit coupable. Ayant déjà quasiment une demi heure de retard sur son coup de téléphone, il n'était plus à cinq minutes près aussi il ressortit du café et se dirigea vers la petite fille afin de lui rendre sa pièce.
            A moins de trois mètres de la petite fille, il passa devant une cabine téléphonique qui se libéra juste à ce moment-là. Daniel était dans une situation délicate; d'un côté, il désirait rendre la pièce à la petite fille pour la consoler ; et de l'autre, il fallait à tout prix qu'il passe son coup de téléphone. Seulement, s'il prenait possession de la cabine, il devait oublier l'idée de rendre la pièce à la gamine. Et s'il restituait la pièce, il y avait de fortes chances pour que la cabine se retrouve de nouveau occupée. Tel était son dilemme : passer son coup de téléphone et devenir ainsi un voleur ou bien rendre la pièce et recouvrer bonne conscience ! Tout devait se passer très vite, et tout se passa très vite. Daniel s'arrêta deux secondes devant la cabine vacante le temps de résoudre son dilemme et finalement il se dirigea vers la petite fille.
            Il lui présenta la pièce de deux francs et lui dit de ne plus pleurer. La fille s'arrêta de sangloter, regarda Daniel d'un air prudent et lui dit qu'elle ne pouvait pas accepter sa pièce car sa mère lui a refusée d'accepter quoi que ce soit de la part d'un étranger. Et elle se remit à pleurer de plus belle. Daniel se retourna et constata que la cabine était de nouveau occupée. Il pensa que quelqu'un lui en voulait ; cela ne pouvait pas en être autrement. Il se sentait coupable de ne pas avoir immédiatement rendu la pièce à la petite fille. Et il avait perdu l'occasion de passer son coup de fil dans un élan d'honnêteté. Maintenant que pouvait-il faire ? Il se dégouttait presque; il était la cause du chagrin d'une innocente petite gamine et tout cela pour quoi ? Pour sa perspective de carrière. Belle mentalité !
            Tout à coup Daniel eu une idée : mettre la pièce par terre et faire croire à la petite fille qu’elle vient de la trouver. L'idée lui sembla bonne et Daniel s'exécuta. Il fit tomber la pièce à ses pieds et interpella à nouveau la petite fille qui continuait de brailler sur le trottoir. De sa main droite il lui indiqua la monnaie au sol. Dans les yeux de la gamine, il y eut une étincelle de joie. Au moment où elle se baissa pour la ramasser, Gilbert posa son pied dessus et lui dit que cette pièce maintenant lui appartenait parce qu'il l'avait vue le premier. La gamine, étonnée, trop jeune, ne comprenait pas vraiment où Daniel voulait en venir. Ensuite, Daniel se proposa à nouveau de lui donner la pièce. La gamine était réticente ; elle prétextait que sa mère ne voulait pas...Sur ce Daniel se dit que pour être sur que la gamine prenne la pièce, il n'avait qu'à partir en la laissant au sol. C'est ce qu'il fit. Et la gamine se précipita sur la pièce. Lorsque Daniel vit la scène, il vit rouge et les plus éminents psychiatres cherchent en vain une explication rationnelle à son acte : lorsqu'il vit rouge, Daniel shoota de toutes ses forces dans la petite fille en la traitant de tous les noms d'oiseaux les plus exotiques et celle-ci vint rouler jusque devant les roues d'un bus qui lui écrabouilla le crâne.